88 nuances de ville.

Le photographe espagnol Víctor Enrich manipule et transforme la réalité d’un vieil immeuble munichois en fantasme d’architecture en trois dimensions.

Dans ce projet initié en 2012, cet ancien étudiant en architecture utilise une technique semblable aux rendus 3D hyper-réalistes qu’il a un temps réalisés en agence, lorsqu’il concevait en images de synthèse des projets immobiliers pas encore construits dans le but de séduire de futurs acheteurs. Lassé par ce travail, le jeune homme décida de quitter Barcelone pour mener une vie de bohème qui le mena en Lettonie, Israël, puis en Allemagne, à Munich. Sans attaches fixes, il avait pris l’habitude de se faire héberger chez des amis, dormant chez eux, mais laissant ses affaires personnelles à la consigne de la gare. Tous les trois jours, il devait s’y rendre pour mettre un peu de monnaie, prendre des affaires et en laisser d’autres. Situé face à la gare de Munich, un vieil immeuble très laid qui détonnait dans le beau patrimoine architectural de la capitale de la Bavière, attira pourtant son attention. S’amusant de cet attrait quasi viscéral pour un immeuble aussi peu avenant, Enrich se mit alors en quête d’imaginer ce qu’aurait pu être ce bâtiment. Après avoir photographié le site sous toutes les couture depuis les toits alentours, il conçoit des immeubles hallucinants, triturant les formes, dopant les échelles, explosant les perspectives, pour laisser libre cours à son imagination débridée. Le résultat ? Quatre-vingt huit fulgurances architecturales purement formelles, à la fois abracadabrantesques et lumineuses, irréalistes et totales, idéales et impossibles.

http://victorenrich.com

Article paru dans Artravel 59.