Autodidacte, l’architecte d’intérieur et designer parisien Stéphane Parmentier possède plus d’une corde à son arc… Design d’objets, de meubles, réalisations d’architectures intérieures, dans le domaine du résidentiel surtout, en France et à l’international, tout lui réussit. Cet ancien styliste de 52 ans compte parmi les créateurs talentueux de sa génération, mais continue son chemin avec droiture, humilité, altruisme et passion. Une passion qui coule dans ses veines, qui transcende ses projets aussi graphiques que sensuels, qui le pousse à se dépasser et à transmettre… Rencontre avec un homme heureux, généreux, des étoiles dans les yeux, qui nous parle avec son cœur des sujets qu’il affectionne, des désirs qui l’animent.

 

 

Vous avez débuté votre carrière très jeune dans l’univers de la mode et avez fréquenté de belles maisons comme Lanvin, Karl Lagerfeld, Givenchy, Montana, etc. Quel parcours !

Stéphane Parmentier : L’histoire est simple finalement et remonte à mon enfance. Le petit Niçois que j’étais rêvait de mode, d’architecture, d’objets, de formes et d’aviation… J’ai commencé par la mode !

Vous n’aviez aucune formation en la matière, comment avez-vous réussi une telle trajectoire ?

Stéphane Parmentier : Je ne souhaitais pas aller à Paris tout de suite pour travailler dans la mode, car je ne voulais pas être le gars qui fait des cafés toute la journée. J’ai choisi de rester sur la Côte d’Azur et de faire mes armes dans des entreprises locales, chez Façonnable et Chacok notamment, pour avoir une petite expérience. Puis, j’ai postulé dans de grandes maisons parisiennes. J’ai eu beaucoup de chance ! D’ailleurs, c’est drôle, car quand j’étais dans la mode, j’étais très influencé par l’architecture.

Par un architecte en particulier ?

Stéphane Parmentier : Oui, Mies van Der Rohe. Son époque, ses détails ont influencé plusieurs de mes collections. Et depuis que je réalise des architectures intérieures, je m’aperçois que nombre de mes réflexes sont issus de la mode !

Lesquels ?

Stéphane Parmentier : La mode est une école extraordinaire. Elle vous apprend à écrire des histoires, à les monter, le sens du détail, les volumes, les couleurs, l’audace, les mix, une rigueur, une folie, etc. Elle m’a amené à m’interroger sur le style, la mode, une époque… Et aujourd’hui, c’est la même chose dans l’architecture intérieure. Je crois à un style, à une époque, j’aime les détails, j’adore les matières et je les travaille énormément. Je joue beaucoup avec les volumes, j’adore les contrastes, le micro et le macro, etc. J’aime, pour un appartement par exemple, me demander comment j’ai envie de me réveiller, quel va être mon premier geste… Comme dans la mode, on doit penser à tout. J’aime qu’une architecture intérieure reste forte, soit très identitaire, mais aussi marquée car les détails sont là. Et en même temps, j’aime la fluidité. J’emploie souvent des mots très contradictoires et ça me plaît. J’assume !

Comment avez-vous basculé de la mode à l’architecture intérieure et au design ?

Stéphane Parmentier : Par un concours de circonstance. J’avais monté ma société et c’était un peu compliqué… Alors, j’ai décidé de réaliser l’un de mes autres rêves : faire de l’architecture intérieure. Un ami d’ami est venu à la maison et m’a dit qu’il aimait bien mon appartement. Il m’a proposé de m’occuper du bien qu’il venait d’acheter… J’ai accepté, pensant qu’il s’agissait d’un appartement parisien classique, de taille moyenne. Pas du tout ! Le projet était énorme : 460 m2 dans le XVIe arrondissement avec une belle hauteur sous plafond ! Je n’ai pas bougé les murs, mais j’ai fait tout le reste. J’ai même dessiné les tapis, du mobilier, trouvé des partenaires. Ce client m’a lancé, puis tout s’est enchaîné…

Sur quels projets d’architecture intérieure travaillez-vous actuellement ?

Stéphane Parmentier : Nous venons de terminer un très bel appartement à Neuilly. Je planche aussi sur mon premier projet de restaurant, un restaurant japonais à Paris ; sur un penthouse à Londres et une villa à Saint-Barth. À Saint-Barth, on essaie d’inventer quelque chose de différent, à la fois cool et sophistiqué, loin d’un « bling » que l’on trouve souvent là-bas, avec une belle architecture, mais de la simplicité aussi. Nous avons imaginé le projet comme un petit village où chaque invité peut se retrouver pour partager autour d’une sorte de petite place ou se retirer chez lui et être indépendant. À Londres, nous réalisons un penthouse tout à fait incroyable avec une « terrasse-jardin » impressionnante tout autour de l’appartement. Il sera très tactile, très sensuel, chaleureux… Avec des endroits lumineux, d’autres plus feutrés, beaucoup de détails de matières, etc. L’œil va être capté en permanence. C’est un projet qui me ressemble où j’ai une carte blanche totale. D’ailleurs, selon son souhait, le client ne découvrira le lieu que quand il sera fini !

Pourquoi fait-on appel à vous ?

Stéphane Parmentier : Je n’en sais rien. On me dit souvent que je suis très français ! Je mets aussi beaucoup de passion dans mes projets et les clients le ressentent. J’aborde les choses très honnêtement, je suis assez « cash » et capable de dire quand cela ne me plaît pas. Je reste humble et j’ai les pieds sur terre, même si j’exprime quelques envolées liées à la passion ! Je sais d’où je viens et comment j’ai commencé. Je n’oublierai jamais tout cela, ni les personnes qui m’ont tendu la main.

Comment construisez-vous chaque histoire ?

Stéphane Parmentier : Le lieu est le point de départ de tout ! Comme un aimant… Puis viennent se coller des sensations, des références, des mots, des envies, etc. Le lieu focalise réellement des sentiments. Il est parfois compliqué ensuite de garder ce fil d’Ariane avec tous les vents contraires, les turbulences ou les problèmes techniques inhérents au chantier. Et en même temps, il convient d’avoir la souplesse de s’adapter et de laisser place à des œuvres inattendues, à des rencontres avec des artisans par exemple, qui peuvent faire évoluer les choses. J’aime ce métier car il demeure un sacré voyage, riche en rencontres. Par ailleurs, nous sommes très précis dans notre travail. Je ne lâche rien ! J’affectionne le dialogue entre les pièces qu’on dessine et les pièces prodigieuses que je trouve. Mais tout ne doit pas forcément être cher ! Je peux dénicher des choses incroyables à 30 euros dans une brocante. Les merveilles sont partout, et certaines associations peuvent être extrêmement intéressantes.

Quelle est la place de l’art dans vos projets ?

Stéphane Parmentier : S’il n’y a pas d’art, je ne fais pas le job ! L’art ne va pas sans

le projet architectural. L’art est la colonne vertébrale de tellement de choses. Il nous nourrit, nous déstabilise, et en nous déstabilisant, nous permet de construire.

Avez-vous des matériaux de prédilection ?

Stéphane Parmentier : Le travertin ! Ce matériau est une obsession. Cela fait rire tout le monde à l’agence. Il me transporte. Pour sa référence à l’Antiquité, sa modernité, sa sensualité… Mais je me soigne (rires) ! Je jette aussi mon dévolu sur d’autres matières comme le cuir, la pierre, le bois, le métal ou autre. J’aime les matériaux naturels.

Votre travail aujourd’hui, marqué par des lignes plus rigoureuses, est vraiment différent de celui effectué il y a une petite dizaine d’années où les lignes étaient moins franches, plus « molles » même peut-être…

Stéphane Parmentier : Oui, c’est vrai. J’ai évolué, j’ai changé même. J’ai écouté ma petite voix intérieure et j’ai laissé parler ma main librement. Cette évolution est due je crois à une acceptation profonde de qui je suis réellement. Je suis plus direct et plus précis aujourd’hui. Je dessine des choses plutôt droites, mais la sensualité est toujours présente. C’est l’ingrédient qui lie tout.

Côté design, votre actualité est également riche. Sur quoi planchez-vous ?

Stéphane Parmentier : Je viens de sortir, entre autres, une collection fantastique avec Pouenat, avec un festival de belles matières, et d’autres pièces sont en prépa- ration. Je collabore toujours avec Giobagnara et Rabitti 1969, et je suis directeur artistique de ces deux maisons. En septembre ou octobre, je vais présenter plein de nouvelles pièces de ma propre collection – luminaires, tables d’appoint, canapé, fauteuil, etc. Avec Garance Primat, je continue la direction artistique de la collection d’œuvres d’art Dragonfly, avec des pièces dingues qui seront prochainement éditées, mettant en valeur un artisanat d’exception. La collection est présente au Domaine des Étangs, à Londres, New York et Miami pour l’instant. Je suis aussi directeur artistique du département « maison » du Webster New York, Miami et bientôt L.A., un concept store très lifestyle, fondé par Laure Heriard Dubreuil, une femme lumineuse et extraordinaire !

Votre production est particulièrement dense. Nourrissez-vous d’autres rêves ?

Stéphane Parmentier : J’ai encore deux rêves… Refaire une compagnie aérienne, tout penser, de l’aménagement des cabines à celui des espaces lounge, du logo à la vaisselle, comment enchanter le voyage… Tout. Quand j’étais chez Givenchy, j’avais eu la chance de redessiner les cabines Première classe et Affaires de Singapore Airlines… Je serais ravi de rencontrer

Ben Smith ! J’aime Air France. Je sais le potentiel qu’a cette compagnie, et j’aimerais tellement être une petite fourmi dans sa reconstruction, son évolution… Mon autre rêve serait d’imaginer un hôtel, car c’est un projet global, mais avec un propriétaire courageux. Réaliser un hôtel comme mille autres ne m’intéresse pas. Je souhaiterais concevoir un lieu proche de la mer, aux détails inouïs, où les sensations seraient chavirées, où l’on serait déstabilisé, enchanté. Un endroit aux vibrations nouvelles, avec de l’art partout !

www.stephaneparmentier.com

Photos: DR

 

 

 

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