The Kid ou la voix des enfants perdus

The Kid… Qui se cache derrière ces deux petits mots, forcément imprégnés d’un parfum d’outre-Atlantique, crânement enveloppés dans la bannière étoilée ? Une vieille âme de 25 printemps, au visage d’enfant, prodige autodidacte au service de la génération perdue.

Génie du dessin au stylo Bic bleu, sculpteur spontané, cet artiste mi-hollandais, mi-brésilien, réfractaire à toute forme de scolarité, d’autorité, invente un univers peuplé d’anges déchus, de promesses non tenues. Avec l’énergie d’un certain désespoir, il enfante des images-miroirs de cette jeunesse en perte de repère, égarée dans un monde désenchanté. Une telle fulgurance trouve forcément son origine dans l’urgence de dénoncer, d’exposer au regard de tous et de chacun, la tragédie du déterminisme social.

Le Kid se protège, se raconte avec beaucoup de parcimonie, conservant jalousement ce qui est du ressort de sa propre histoire. « Mon art a pour sujet ma génération, pas mon expérience personnelle. » Voilà qui est dit. Il ne nous livre donc que les grandes lignes de sa vie : il a été élevé par des grands-parents très compréhensifs, qui lui demandaient davantage ce qu’il créait au quotidien que ce qu’il voulait faire plus tard. « D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours dessiné, peint. Et je crois que j’avais compris à un très jeune âge que le début contient parfois la fin. » Sa première exposition au Grand Palais en 2013 s’intitulait « Endgame », Fin de Partie, hommage beckettien avoué et assumé.

De ses parents, il ne dit surtout rien. Rien donc. Allergique à l’école, jeune adolescent, il franchit l’Atlantique, fait de temps à autre des petits boulots, mais surtout des rencontres bouleversantes qui portent à sa conscience l’ombre planante sur le rêve américain. Le rebelle trouve ainsi sa cause, et va s’acharner à éveiller la lucidité de ceux qui croisent son chemin.

Le temps d’une collection, il découvre, grâce à un petit job de graphiste, le monde d’Alexander McQueen. Le jeune homme est bouleversé par l’ampleur de l’ambition, par l’énergie déployée, par la capacité de ce designer hors norme à créer un univers et à embarquer sur ce vaisseau tous ceux qui s’en approchent.

Notre jeune artiste a la cause, l’énergie, il lui manque un nom, autre que celui dont il a hérité par le sang, un nom pour s’affranchir ou se protéger, tel un animal sauvage, échaudé par la dureté de l’existence. « The Kid » va de soi, il est si jeune quand il entre dans le monde de l’art. Se contenter de cette explication serait réducteur : et Larry Clark dans tout cela ? The Kid ne s’en cache pas, avouant avoir été très touché par l’œuvre du cinéaste-photographe. Le film culte, Kids de Clark, imprime son imaginaire parce qu’il reflète fidèlement le quotidien de ces ados en perdition. À l’instar de son aîné, The Kid lève le voile sur la réalité dérangeante des jeunes Américains, laissés-pour-compte du modèle social, que le système condamne à la marge et crucifie.

Mais il choisit d’autres formes pour rendre compte de ce constat : dessins, sculptures, moulages.

Son œuvre intitulée Too Young to Die (un moulage grandeur nature) exprime parfaitement son cri : un bébé dans une couveuse, couvert de tatouages, signes indélébiles d’appartenance à sa tribu d’origine, tente d’échapper à sa fatalité, se battant pour son droit à choisir.

En avril à l’occasion de Paris Art Fair au Grand Palais, il dévoilera ses premières huiles et gouaches de grande dimension. Si les expressions sont multiples et empreintes d’une indéniable virtuosité, le fil rouge demeure. De jeunes corps, des visages presque enfantins, tatoués, balafrés, parcourus de stigmates de souffrances multiples : « Toutes mes œuvres sont inspirées par les histoires individuelles de vrais jeunes, conduits à l’exercice de la violence par les circonstances de l’environnement dans lequel ils sont nés. » La beauté plastique des modèles mise en tension avec les signes évidents de désarroi nous explose en pleine gueule, ne laissant aucune place à un esthétisme vain. « Tous mes sujets sont voués à l’échec. J’essaie de capturer ce moment, saisir pour toujours cet instant entre innocence et corruption. »

Capitaine Pan d’une « génération perdue » (titre de sa prochaine exposition), The Kid combat avec des stylos bien affûtés pour ses enfants errants dont il se sent si proche. Il y met une sublime énergie, toujours libre, cherchant inlassablement l’expression la plus percutante afin d’exposer ses chères ombres à la lumière.

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