Enfants terribles du design, Job Smeets et Nynke Tynagel assènent le monde de la création de leurs réalisations depuis plus d’une quinzaine d’années. Zoom sur les fondateurs du Studio Job d’Anvers en Belgique.

C’est à la très réputée Design Academy Eindhoven des Pays-Bas, que Job Smeets et Nynke Tynagel se rencontrent. Nous sommes en 2000 et les deux compères s’associent alors pour créer le Studio Job. Aujourd’hui, éminemment connu, le Studio a tout d’abord vécu quelques années difficiles. Une mauvaise passe, un début classique d’artistes, que Job et Nynke expliquent par leur «positionnement» très différent de celui des autres. De la tendance moderniste prégnante, le Studio Job se revendique lui d’une autre culture. Celle peut-être des Arts décoratifs ou tout au moins d’un courant qui serait un peu à l’écart des aspirations du moment. Loin d’éteindre l’enthousiasme des deux créatifs, Job Smeets et Nynke Tynagel poursuivent leurs efforts marquant un peu plus leurs productions de leur ethos : des objets de bronze ou coupés au laser tous épris d’une très forte personnalité, et qui frappent tant par la légèreté qui s’en dégage que la complexité de l’ouvrage. De l’art disent certains ! Mais pour Smeets et Tynagel, il n’en est rien. Si le processus de fabrication peut se révéler proche de celui de l’art, leurs « œuvres », même avec une fonction parfois transcendée ou écrasée, sont bel et bien du design.

© Studio Job Gallery

Il faudra sans doute attendre le milieu des années 2000 pour qu’enfin le Studio Job fasse son entrée dans la cour des grands. Une entrée méticuleusement mise en scène pour attirer l’œil qui jusque-là ne daignait les regarder. En forçant un peu le trait, le Studio a réussi à imposer sa forte personnalité. Reste la réalité financière à gérer. Le constat est simple : les pièces uniques ou en série très limitée permettront une production immédiate en évitant le passage par le prototype souvent oublié dans des malles d’exposition. Le Studio Job trouve alors sa voie pour devenir l’un des rares lieux de design ou l’air semble aussi libre que le vent. On se souviendra ainsi de leur première incartade : Home Work, une série de sept sculptures de bronze, des totems domestiques (objets quotidiens) aux tailles démesurées qui marquent le style du Studio. Puis suivra Robber Baron, une collection de cinq objets de décoration de bronze, se réappropriant les monuments du monde pour mieux représenter la richesse, le pouvoir industriel et la corruption. Une collection qui, une fois encore, marque tant par la monumentalité de l’ouvrage que par l’esthétisme audacieux de celle-ci.

© Studio Job Gallery

Si le processus de fabrication peut se révéler proche de celui de l’art, leurs « œuvres » sont bel et bien du design.

Mais ce sera sans doute la ligne Bavaria, une série de cinq pièces de mobilier (un banc, une table, un miroir, une vitrine et un paravent) en bois de rose indien marqueté au laser, qui consacrera le Studio Job. Car en art comme en toutes autres choses, il faut s’inscrire dans la durée et être capable de toujours surprendre… Avec sa Bavaria, le Studio Job confirme, tant son style que sa détermination à être. Éditée six exemplaires seulement, la Bavaria fait alors le tour des salons internationaux. Aujourd’hui, le Studio Job a multiplié les ouvrages et les expositions. Fermement ancré dans son style néo-gothique, il poursuit son œuvre, marqué par le dualisme de messages contradictoires, intellectuels sans doute, énigmatiques incontestablement.

www.studiojobgallery.com

Si la Studio Job Gallery d’Anvers est aujourd’hui fermée, un nouvel espace, le Studio Job HQ, toujours à Anvers, doit ouvrir avant la fin de l’année. Sur rendez-vous seulement.

 


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A propos de l'auteur

Fabienne Dupuis
Journaliste
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Membre de l’équipe d’Artravel depuis ses tous débuts, Fabienne est journaliste spécialisée dans les domaines du voyage, design, architecture et art de vivre. Passant le plus clair de son temps à parcourir le monde, Fabienne apprécie tout autant les aventures sur de longues routes poussiéreuses que le confort raffiné de quelques adresses confidentielles. Ses armes ? La littérature européenne du XIXème siècle, des écrits sur l’art et les voyages ou encore quelques publications géopolitique… mais surtout une inlassable curiosité qui lui permet de renouveler ses sources d’inspiration. Après dix années passées à Londres, Fabienne vit aujourd’hui à Paris. Fabienne Dupuis contribue entre autres aussi aux pages du news magazine en ligne de langue anglaise, YourMiddleEast.com.