Les ut et les uppercuts de Speedy Graphito

Shebam ! Pow ! Blop ! Wizz ! Bienvenue dans l’univers déjanté de Speedy Graphito, peuplé d’icônes de la BD s’imposant, avec humour, face aux figures emblématiques de la grande tradition picturale universelle. Ici, tout s’entrechoque et se répond. Le peintre graffeur enjambe avec une ludique impertinence les frontières culturelles, délivrant une vision démentiellement colorée d’une société en quête de repère.

S’il est aujourd’hui reconnu comme l’un des précurseurs du Street art en France, Olivier Rizzo, alias Speedy Graphito, a horreur d’être enfermé dans une case, dans une caste. Celui que le monde a identifié pendant longtemps à des petits diablotins envahissant anarchiquement les murs continue sa route, libre comme un Titi qui aurait fait sauter le cadenas de sa cage.

Peux-tu nous expliquer l’évolution de ton travail depuis tes mythiques diablotins à tes œuvres actuelles ? Speedy Graphito : Cela s’est fait par phase. Déjà, les diablotins n’ont duré que six mois dans ma vie, dans les années 80, et cela a été hyper médiatisé grâce à la Ruée vers l’Art. D’un coup, j’ai eu plein de demandes et je me suis dit que si je continuais j’allais être enfermé là-dedans. Je ne voulais pas être coincé dans un style. C’est toujours un tableau qui t’emmène vers un autre, vers une nouvelle série. Tu pars dans une recherche ; tu as l’impression d’avoir trouvé un truc nouveau, et tu réalises que les choses sont cycliques, que cette chose « nouvelle » était déjà présente dans un travail précédent, dans un petit coin du tableau, et donc que cela fait partie de toi. On a du mal à échapper à qui l’on est. Parce qu’à un moment donné il faut signer la toile, et donc se reconnaître dedans.

As-tu des périodes plus prolifiques que d’autres ? Speedy Graphito : Pas vraiment. Malgré tout, cela peut varier en fonction de l’endroit où se trouve mon atelier. Je suis parisien, mais je suis parti à la campagne dans les années 90 parce que je venais d’avoir un enfant. J’avais envie d’être avec ma famille, et d’avoir l’atelier dans la maison. Du coup, ma production était beaucoup plus une recherche intérieure. Cela se ressent dans les couleurs, les thématiques.

Est-ce que l’actualité alimente ton travail ? Speedy Graphito : Je ne regarde pas les infos parce que c’est beaucoup de formatage. J’essaie de rester distant par rapport à tout cela. Ce qui ne m’empêche pas de ressentir des choses et de vivre dans cette société-là.

Peindre te nourrit ? Speedy Graphito : D’une certaine manière, évidemment. Je fais toujours les choses sans chercher pourquoi. Je fais à l’intuition, à l’inspiration, à l’envie. Ce n’est qu’une fois que les toiles sont peintes que je vois ce que j’ai voulu raconter. Il me faut un certain temps avant de décoder mon travail.

Parle nous du graff dans les années 80. Speedy Graphito : Les gens ignorent souvent que j’ai commencé par la peinture, et me suis toujours senti peintre. Si je suis arrivé dans la rue, c’est parce que les galeries me fermaient leurs portes (je suis arrivé après la figuration libre). Donc, j’ai reproduit mes tableaux dans la rue, l’idée étant de mettre l’art dans la rue. Je fais toujours des murs, moins en sauvage, de manière plus officielle.

Quel regard portes-tu sur la nouvelle génération ? Speedy Graphito : Si je voulais me lancer dans l’art aujourd’hui, je ferais du Street art parce que c’est médiatisé, ça joue avec toute la communication des réseaux sociaux. Le public alimente lui-même la promotion des artistes. Il y a quelque chose qui fait partie de la vie, d’un seul coup. L’art n’est plus pour une élite : le grand public s’en est emparé. C’est l’évolution de la société et je trouve normal que cette forme d’art s’ancre. Cela a vraiment changé dans les années 2000 lorsque les salles des ventes ont commencé à organiser des ventes spécialisées. Nous n’étions plus des vandales qui salissaient les murs. Aujourd’hui, j’ai l’impression que j’ai réussi davantage par le peuple. Quand il y avait un article sur moi dans les années 80, c’était dans la presse populaire, jamais dans des magazines d’art.

Aujourd’hui tu exposes partout dans le monde, acceptes-tu de répondre à des commandes ? Speedy Graphito : Certains collectionneurs me demandent des commandes particulières, mais… je ne le fais pas. Je suis dans mon univers, je reste dans une cohérence qui m’est propre.

Depuis presque quarante ans, Speedy Graphito poursuit sa route, fils d’une liberté non négociable, roi en son royaume, sortant allègrement du cadre, et redistribuant, au gré de son inspiration, les rôles de ces icônes de notre imaginaire collectif. Mona Lisa n’a qu’à bien se tenir, Wonder Woman pourrait lui voler le premier rôle.

speedygraphito.free.fr

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