Délicieusement décalée

Rien ne prédestinait la Parisienne Sandra Benhamou à devenir architecte d’intérieur… Cette femme de 42 ans s’impose pourtant comme l’une des dernières révélations dans le domaine de la décoration. Des projets contemporains, parfois fantaisistes, quelques notes d’humour, le sens du motif, un goût certain pour l’art et le design… Sa signature, mâtinée de fraîcheur et d’audace, ne ressemble à aucune autre. Entrevue avec une autodidacte de talent.

Après avoir fréquenté l’Essec, vous débutez votre carrière dans la distribution de films… Comment êtes-vous devenue architecte d’intérieur ?

Sandra Benhamou : J’ai un parcours assez atypique ! J’ai vécu dix ans à New York où je travaillais pour Miramax avant de faire une pause pour m’occuper de mes enfants. Je me suis lancée dans la déco par hasard… Mon mari et moi avions acheté une maison dans les Hamptons. Elle était dans un état abominable et je l’ai entièrement rénovée. Ma maison a beaucoup plu… Et j’ai commencé à effectuer des petits projets ici et là à New York. Et lorsque nous sommes rentrés à Paris en 2010, j’ai décidé de me lancer de façon plus professionnelle.

 

Certaines personnes vous ont-elles aidée dans ce cheminement ?

Sandra Benhamou : J’ai beaucoup d’amis dans la déco qui m’ont incitée à poursuivre dans cette voie, comme Charles Zana, qui m’avait déjà poussée à faire ce métier quand j’étais à New York, ou encore Frédéric Chambre de la maison de ventes Piasa ou même Karine Lewkowicz. J’ai finalement acquis une légitimité au cours de mes chantiers.

 

Votre dernière réalisation, l’hôtel Castelbrac à Dinard tout juste ouvert, fait beaucoup parler de lui… Quelle est l’essence de ce projet ?

Sandra Benhamou : C’était un vrai challenge ! Pour moi, mais pour le client aussi…Car je n’avais jamais fait d’hôtel et il m’a fait confiance. L’hôtel se situait dans un bâtiment classé magnifique du XIXe, la villa Bric à Brac, devenue en 1934 une station marine de recherche doublée d’un aquarium. Il fallait respecter l’esprit des lieux, son histoire, tout en pensant un 5* intemporel et très élégant. Quand j’ai visité l’endroit la première fois, je l’ai trouvé vraiment étonnant. Je devais donc surprendre. Je me suis inspirée de l’esprit Art déco, sans le restituer totalement. Le projet est truffé de jeux de lumière, de clins d’œil, de notes d’humour, comme ce motif stylisé de poisson que j’ai décliné dans tout l’hôtel, sur les boiseries, sur les miroirs. L’autre fil conducteur, c’est une ligne noire que l’on découvre un peu partout, sur les poignées des portes, les têtes de lit, les robinetteries, etc.

 

Quelle est la place de l’art et du design dans cet hôtel ?

Sandra Benhamou : J’avais envie de chiner un maximum de mobilier. Aussi, nous avons placé un bureau d’accueil Circa des années 50, des assises Thonet et Charlotte Perriand, des luminaires Greta Grossman et Eileen Gray, etc. J’ai collectionné des partitions musicales des années 30 que nous avons fait encadrer avec des baguettes Napoléon III ; nous avons acquis d’autres œuvres et quelques lithographies à la galerie Maeght…

Et comme chaque chambre est différente, je me suis amusée à mélanger les motifs et les tissus. Cet ensemble, pensé en collaboration avec l’architecte d’intérieur Léonie Alma-Mason, demeure assez unique !

L’inspiration années 30 s’impose comme une récurrence dans vos travaux. Pourquoi ?

Sandra Benhamou : J’aime le côté avant-gardiste et très moderne qu’avaient les années 30, au niveau de l’architecture, dans la mode ou la joaillerie… D’ailleurs, je me suis même mariée dans une robe années 30 ! Cette époque est très riche en créations et très élégante aussi. Elle m’inspire beaucoup. Mais je ne suis pas du tout dans la nostalgie ! J’aime également le design très actuel, comme celui des Bouroullec, tout comme les œuvres d’art contemporain que je collectionne.

 

À quelles œuvres êtes-vous sensible ?

Sandra Benhamou : Avec mon mari, nous avons commencé notre collection à New York par la photographie des années 80. Nous adorons par exemple Cindy Sherman ! Toutes ses séries sont délirantes ! Mais j’aime aussi le design, la céramique, l’art africain, mes goûts sont variés. Dans mon travail, mon souhait serait vraiment de conseiller mes clients dans leurs achats d’art et de design, car cela donne une certaine âme au projet.

 

Sur quels autres projets travaillez-vous ?

Sandra Benhamou : Je viens de terminer une maison à New York et un petit pied-à-terre, quai des Orfèvres, qui est un petit bijou. Un lieu où, en plus de la déco, j’ai pu choisir de belles pièces de design. Je viens d’achever le Marcel, un restaurant à Bruxelles ; et les propriétaires cherchent un autre local pour en ouvrir un second dont je vais m’occuper. Il s’agit d’un burger bar, un peu cantine chic, dont l’emblème est le bouledogue. Mais je ne voulais pas tomber dans le cliché d’une déco trop masculine. Côté matériaux, j’ai opté pour de l’authentique car ce restaurant sélectionne vraiment les meilleurs produits. Enfin, j’ai créé le concept d’Intervalle à Paris, un endroit où l’on déguste des sandwiches de qualité.

 

Quelle la particularité de ce concept ?

Sandra Benhamou : J’ai préféré des couleurs assez neutres et chics, des mélanges de kaki avec du jaune safran faisant écho au laiton. Et comme j’aime créer des motifs, je me suis inspirée du signe de l’intervalle pour dessiner le calepinage du sol…

 

Vos réalisations sont très éclectiques… Quels sont les dénominateurs communs ?

Sandra Benhamou : On retrouve toujours l’élégance, des mélanges de matières et de couleurs, un équilibre, une pointe d’humour et un certain décalage. De la légèreté, un peu d’audace et de la gaieté aussi. Sans oublier mon penchant pour les pièces singulières, les matériaux nobles, les belles finitions… Car je suis quelqu’un de très précis.

 

Quel projet rêveriez-vous de concrétiser ?

Sandra Benhamou : Une boîte de nuit ! Parce que j’adore faire la fête et danser. Cela m’amuserait beaucoup !

www.sandra-benhamou.com