L’agence d’architecture canadienne dévoile son projet situé dans la ville de Vancouver. La maison Russet, ou comment l’architecture répond aux exigences de la topographie… et de la poésie structurelle.

De la pièce où se tiennent les repas, l’expérience est divinement sensorielle. Habillée seulement de quelques meubles, la salle est presque entièrement bardée de verre. Installée en porte-à-faux, elle semble pénétrer au coeur de la forêt qui entoure la maison… Cette maison, c’est la Russet, l’un des derniers projets dessiné par l’agence canadienne d’architectes, Splyce. Créée en 2001 par Nigel Parish, l’agence a vite fait de marquer de son empreinte les nouveaux projets qui lui sont confi és. Si la topographie, les budgets et les souhaits de ses clients sont comme partout ailleurs des préalables incontestés et incontestables, c’est au travers de l’émotion que Nigel Parish veut toucher… un pari un peu complexe et hautement subjectif mais qui jusqu’ici a fait bonne fortune à l’architecte. Pour le Russet, l’homme ne s’est donc pas contenté de créer un bel espace de vie pour une famille et ses deux enfants. Prenant en compte la richesse du site où allait être implantée la nouvelle bâtisse, son relief escarpé tout autant que la vue sur la mer, Parish produit alors son dessin. Celui d’une maison qui va s’élever gracieusement et prendre du volume dans ses hauteurs.
sur un socle de béton qui deviendra le rez-de-chaussée, l’architecte fait ainsi jaillir deux étages élégamment déconstruits qui semblent éclore puis s’enfoncer à leur guise dans les branchages des arbres. Cette immersion du bâti dans la nature offre subséquemment une nouvelle perspective aux futurs habitants. Celle d’un saut visuel mais aussi presque tactile dans ce qui l’entoure.
Et pour renforcer la sensation, les pièces des étages ont été presque dépouillées de leur mobilier, pour laisser la place belle à un environnement soudainement devenu spectacle mais aussi parure.
De l’extérieur, la maison ne souffre pas quant à elle de ces disparités proportionnelles que ces déséquilibres auraient pu créer. Bien au contraire. Paramétrée comme un mécanisme suisse aux multiples complications, sa désarticulation sert à balancer et contrebalancer une instabilité de mascarade qui pousse chaque étage vet ses parties à se désenclaver de son monolithe usuel. Comme un mobile de Calder, la maison trouve son équilibre pour offrir un résultat final qui n’en est que plus délicieux, avec, pour servir le propos de l’architecte, le verre en maître matériau des lieux.
Placardé au premier et second étage de la Russet, le verre est en effet utilisé comme une réponse à la problématique d’équilibre. De part ses qualités de transparence, il permet en effet d’altérer les limites de la structure physique pour mieux brouiller les pistes du dedans/dehors, et ainsi mieux mélanger nature et structure. Si ce tour de passe-passe n’est que commune tactique utilisée par de nombreux architectes, Nigel Parish en fait ici bel usage, poussant la manœuvre un peu plus loin, déstructurant sa construction, pour propulser ses étages dans tous les sens.
De ce puissant socle, fl eurit alors une élévation, gracieuse et poétique, qui dans un exquis, n’est pas sans rappeler les arbres centenaires qui entourent la résidence Russet. Et de l’œuvre architecturale, toujours un peu plus loin une intégration presque lyrique.

http://splyce.ca