Rodolfo Dordoni

Le culte de la perfection

Architecte, designer, directeur artistique de Minotti et de Roda, l’Italien Rodolfo Dordoni compte à son actif une impressionnante liste de créations de meubles et de luminaires. Avec son bureau Dordoni Architectes, créé en association avec Luca Zaniboni et Alessandro Acerbi, il brille dans la réalisation d’habitations, de boutiques, de restaurants… Rencontre avec un prodige du design de 60 ans, simple et discret.

 

Vous avez présenté au dernier Salon international du meuble à Milan, la nouvelle et élégante collection Aston de Minotti (voir Artravel n° 57)… Comment préparez-vous vos collections avec cette maison italienne ?
Rodolfo Dordoni : Je suis directeur artistique de la marque depuis 17 ans déjà ! Après toutes ces années, nous avons une connaissance parfaite les uns des autres. Quand j’ai une idée et que je souhaite inaugurer un produit, je n’ai pas besoin de faire des dessins très techniques. Une simple discussion et un croquis suffisent… L’entreprise comprend immédiatement ce que je veux faire. Ensemble, nous travaillons actuellement sur les prototypes de la collection 2015.

Quelles en sont les inspirations ?
Rodolfo Dordoni : Elles proviennent des années passées… Le thème portera sur les années 1960.

Quels autres produits présenterez-vous à Milan l’an prochain ?
Rodolfo Dordoni : Des meubles pour Molteni, Cassina, Flou, Poliform, Flos… Pour Poltrona Frau, nous montrerons un meuble de bureau pensé pour un directeur. Avec Kettal, nous sortirons un nouvelle collection, distincte de Bitta, avec un matériau différent : l’aluminium. Pour Roda, dont je suis également directeur artistique, nous planchons également sur de nouveaux canapés outdoor.

La panoplie de vos collaborations est étonnante (Fontana Arte, Foscarini, Artemide, Cappellini, Cassina, Ceramiche Mutina, KnIndustrie, Moroso, Venini, etc.). Comment votre carrière a-t-elle débuté ?
Rodolfo Dordoni : J’ai obtenu mon diplôme d’architecture à Milan. Pendant l’université d’architecture, j’étais avec Giulio Cappellini, et lors de ma dernière année, j’ai commencé à travailler dans la société de sa famille. Puis en 1985, j’ai créé ma propre agence et l’aventure a commencé… Mais pour bien travailler, les relations humaines sont primordiales. Sans feeling avec une entreprise, je refuse les projets. Je suis très exigeant envers moi-même et les autres. Je suis intransigeant aussi, c’est ma qualité et mon défaut.

De nouvelles collaborations se profilent-elles ?
Rodolfo Dordoni : Peut-être avec Samuel Coriat de COEDITION. J’aime les marques qui sont différentes…

Existe-t-il un style Rodolfo Dordoni ?
Rodolfo Dordoni : Il est rationnel, moderne et classique à la fois. Mon style est comme moi finalement… Mes philosophies personnelle et professionnelle sont identiques.

Comment élaborez-vous un produit ?
Rodolfo Dordoni : Je suis très curieux et mon inspiration vient de cette curiosité, je regarde d’abord ce qui évolue autour de moi. J’observe le comportement des gens, leur mode de vie… Je m’interroge sur le marché et la satisfaction du public qui est essentielle. Chaque création doit correspondre à un équilibre entre la fonction et l’esthétisme : c’est le rôle du designer industriel.

Les typologies de vos créations sont vastes… Préférez-vous un domaine en particulier ?
Rodolfo Dordoni : Aujourd’hui, j’aime notamment ce qui tourne autour de la cuisine, car, lorsque j’en ai le temps, j’adore cuisiner ! De la viande surtout en rapport avec l’origine toscane de ma maman, mais les pastas aussi. Et je teste mes produits en fonction de mon attitude dans la cuisine. C’est une bonne expérience ! Ainsi, j’ai réalisé récemment des couverts et des casseroles pour KnIndustrie. C’était une première !

Quels autres objets jamais dessinés aimeriez-vous inventer ?
Rodolfo Dordoni : Des produits design usuels plus industriels encore et produits en grande quantité comme le téléphone par exemple. Pour un challenge encore plus important.

Vous utilisez nombre de matériaux… Avez-vous des préférences ?
Rodolfo Dordoni : J’ai beaucoup côtoyé l’entreprise Venini. J’ai imaginé des vases pour eux et j’ai compris que le travail du verre était encore artisanal. J’aime le verre, car durant la phase d’élaboration, ce matériau nous surprend à chaque fois, même au niveau de la couleur. Le verre est plus poétique et plus romantique.

Vous êtes romantique ?
Rodolfo Dordoni : Oui, je le suis !

Côté architecture, sur quels projets planchez-vous ?
Rodolfo Dordoni et Luca Zaniboni : Des appartements, des villas, des boutiques… Nous avons même fait un yacht ! Pour plus de cohérence, nous préférons les projets globaux où nous concevons l’intérieur et l’extérieur, ce qui engendre une relation proche avec le client. Nous venons de réaliser une villa de 3 000 m2 à Kuala Lumpur. En ce moment, nous réalisons des résidences privées à Beyrouth, près de Saint-Moritz, à Milan, sur le lac de Côme, à Lugano… Nous créons un building pour le groupe La Rinascente à Milan, un concept-store pour le groupe Tod’s…

Vous n’avez jamais conçu d’hôtel ?
Rodolfo Dordoni et Luca Zaniboni : Nous avons 4 ou 5 projets dans les tiroirs, mais jamais construits. Nous aimerions en réaliser un… Nous pensons que cela serait une bonne expérience, car c’est un lieu où l’on peut réfléchir aussi sur notre mode de vie.

Que rêveriez-vous de faire dans la décennie à venir ?
Rodolfo Dordoni : J’aimerais avoir plus de temps pour moi… Je n’ai pas dit que j’allais arrêter mon travail ! Mais au fil des années, j’ai formé mes équipes et j’ai appris à les responsabiliser. Et je rêverais de fabriquer des objets moi-même, comme de la céramique par exemple. Et si possible en Sicile où j’ai une maison. J’adore cette île !

www.rodolfodordoni.it

Propos recueillis Delphine Després
Photos : Droits Réservés.