Créatrice de lieux de vie conviviaux, de mix insolites, dénicheuse de tendances, Dorothée Meilichzon invente des décors à forte personnalité. Ses bars à cocktails, hôtels et restaurants marient les styles, les couleurs, les motifs et les époques. Entre deux projets, l’architecte d’intérieur parisienne de 35 ans, ultra dynamique, nous a accordé cette entrevue. Confidences.

Vous avez suivi une formation de designer industriel en France et aux Etats-Unis, et vous êtes aujourd’hui architecte d’intérieur. Racontez-vous votre parcours !

Dorothée Meilichzon : En matière de décoration, je suis une autodidacte. Quand j’étais jeune, je voulais être inventeur ! Mais je me suis aperçue que ce n’était pas une profession… Quand j’avais 13 ans environ, j’ai décidé de devenir designer industriel. C’était l’époque où l’on parlait beaucoup de Philippe Starck. Et la manière dont il concevait son métier m’intéressait. Après mes études de designer industriel, j’ai travaillé six ans dans une agence où je faisais plutôt du design global. Puis, en 2009 à l’âge de 27 ans, j’ai fondé ma propre structure, l’agence CHZON. On m’a de suite proposé de penser les intérieurs du Prescription Cocktail Club à Saint-Germain-des-Prés. J’ai accepté ! C’était mon premier job d’architecte d’intérieur ! J’ai adoré, car cela combinait tout ce que j’aimais : le design d’espace, dessiner des meubles, réaliser une identité graphique, penser un style, réfléchir à des expériences clients… J’ai alors choisi de me concentrer uniquement sur les hôtels, les bars et les restaurants.

Vous avez commencé avec un projet du trio français de l’Experimental Group, puis vous avez enchaîné avec eux la conception de nombreux lieux à Paris, Londres, New York et Ibiza. Comment est née cette collaboration ?

Dorothée Meilichzon : Au départ, ce sont des amis ! J’avais déjà travaillé sur l’identité graphique de leurs deux premières adresses. Faire le Prescription Cocktail Club a été une super opportunité pour moi. J’ai beaucoup appris à leurs côtés… Mais je ne travaille pas exclusivement pour ce groupe, j’ai d’autres clients !

Vous venez d’achever l’hôtel Henrietta à Londres et le bar et restaurant Balagan à Paris… Pouvez-vous nous les décrire ?

Dorothée Meilichzon : Le premier se situe au cœur de
Covent Garden. C’est un projet atypique de 18 chambres, avec un restaurant de 100 couverts dirigé par le chef étoilé Ollie Dabbous. L’idée était d’attirer une clientèle extérieure, comme dans tous mes projets. Côté déco, je me suis beaucoup inspirée de l’architecture des immeubles, de ces façades très plates avec beaucoup de modénatures. Je trouvais amusant de réinterpréter ces éléments. À partir de cette idée, j’ai notamment dessiné des têtes de lit gigantesques en bas relief… On y trouve aussi des luminaires en laiton, des plinthes en marbre blanc de Carrare, des mélanges de styles. J’ai également conçu un petit fauteuil inspiré du travail de Pierre Paulin…Le Balagan, rue d’Alger, c’est la nouvelle adresse du chef israélien Assaf Granit. Je me suis nourrie de la culture israélienne et surtout Méditerranéenne. J’ai voulu retranscrire l’idée d’une cuisine festive ; l’endroit est assez gai. Le comptoir est une véritable masterpiece où l’on peut s’attabler pour admirer les chefs. La décoration est assez simple, avec une salle dévoilant des camaïeux de bleus – le bleu de bienvenue emblématique des restaurants d’Assaf. Le Balagan possède aussi son bar à cocktails. Pour ce dernier, feutré et intimiste, j’ai opté pour mes codes habituels du bar à cocktails.

©kristenpelou

Vos intérieurs sont-ils toujours peuplés de couleurs, de motifs, de touches vintage, de matériaux naturels ?

Dorothée Meilichzon : À chaque fois, j’essaie de faire un endroit qui ne ressemble à aucun autre, et qui offre une expérience globale hyper cohérente, de la cuisine à la déco au mobilier et au design graphique. Mon style est assez graphique, c’est un peu ma culture ! L’Art déco me plaît. J’ai commencé à dessiner des motifs dès le début. Je fais aussi en sorte que mes projets soient intemporels. Je ne m’inscris pas du tout dans le minimalisme. Au contraire, je tente de concevoir des lieux de détente, où l’on vient s’amuser, rencontrer des gens, passer un bon moment… Mes décors évoquent cet esprit-là !

Comment bâtissez-vous vos projets ?

Dorothée Meilichzon : Chacun doit vraiment s’inscrire dans son quartier. Au préalable, nous effectuons toujours une importance recherche historique et on en extrait les éléments intéressants qui vont nous permettre de dessiner des motifs, de travailler sur des esquisses, des époques, etc. L’idée est de partir de l’histoire du lieu et de la ramener dans notre époque. Je ne m’interdis par pour autant quelques références gratuites à d’autres périodes ! Parallèlement, nous accomplissons un important travail sur la scénographie. Nous planchons aussi sur la convivialité du projet, sur la manière dont les gens vont se rapprocher, se rencontrer…

Parvenez-vous toujours à vous renouveler ?

Dorothée Meilichzon : J’espère ! Et je mets en place des actions pour cela. L’été dernier par exemple, j’ai organisé avec l’Experimental Group un brainstorming avec de jeunes gens de 20 à 23 ans environ. C’était tous des créatifs, et potentiellement notre clientèle de demain ! Pendant quelques jours, je les ai interrogés sur leur vision de l’hôtellerie 4 et 5 étoiles, sur ce qu’ils en attendaient, car ils n’ont pas les mêmes standards que moi. Nous ne voyageons pas non plus de la même manière… Ils fréquentent plutôt des Airbnb. Environ 300 idées en sont sorties, sur tous les sujets : cosmétiques, services au restaurant, manière de fédérer une communauté, communication Instagram, etc.

Sur quels sujets travaillez-vous actuellement ?

Dorothée Meilichzon : Sur un hôtel à Paris, boulevard Poissonnière, qui ouvrira en septembre. Un 4 étoiles de 50 chambres avec un restaurant qui s’appellera Grands Boulevards. Je vais peut-être réaliser un hôtel à Venise dans un vieux palais vénitien avec un restaurant et un bar à cocktails. J’ai actuellement une installation à la VitraHaus autour de la thématique du bureau, du travail moderne. Pour l’association La Source, fondée par Gérard Garouste, je suis en train de customiser le tabouret Stool 60 d’Alvar Aalto. Il sera vendu aux enchères, au même titre que les créations d’autres artistes, le 11 décembre prochain à l’Hôtel de l’Industrie à Paris, au pro t de cette association qui aide les enfants en difficulté.

Quels autres projets pourraient vous séduire ?

Dorothée Meilichzon : Un restaurant gastronomique ! Mais aussi un hôtel de luxe pour absolument tout dessiner et privilégier le travail des artisans, et une auberge de jeunesse pour trouver des idées ingénieuses à moindre coût…

Quand vous voyagez, dans quel hôtel aimez-vous dormir ?

Dorothée Meilichzon : Entre autres, au Gramercy Park hotel à New York : le travail de la couleur de Julian Schnabel est vraiment très réussi. J’adore les hôtels de Kit Kemp du groupe Firmdale à Londres : j’ai toujours été admiratrice de son travail. Je m’intéresse aussi aux lieux de Sean MacPherson, un surfeur et un autodidacte ! Il possède notamment les hôtels Bowery et Marlton à New York.

www.chzon.com

 


       Retrouvez l’article dans notre Artravel n°76 — Avant Gardiste


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