L’entreprise familiale Paulin, Paulin, Paulin préserve, valorise et diffuse les œuvres de Pierre Paulin. Créée par Maia, son épouse, Benjamin, son fils, et Alice Lemoine, la femme de Benjamin, cette entité est à l’initiative de nombreux projets qui honorent le travail du designer visionnaire. Benjamin et Alice nous ont ouvert les portes de leur appartement parisien pour nous conter cette aventure… Confidences.

 

Près de Barbès, Alice, Benjamin et leurs deux filles vivent dans un immeuble de caractère, mais surtout dans un univers hors du commun, marqué par la signature de Pierre Paulin et quelques pièces inédites et remarquables… Dans le couloir de l’entrée se déroule le canapé Osaka designé en 1967 et aujourd’hui édité par LaCividina. À droite, trône, au centre du bureau, une pièce incroyable du designer en fibre de carbone : La table Miami blanche entourée de ses bancs, issue d’un programme développé pour Herman Miller en 1970. Dans l’un des salons, le fauteuil La Déclive dessiné en 1966 (édition Paulin, Paulin, Paulin), voisine avec le tapis Diwan, en partance pour le tournage d’un film. Dans l’autre salon, le fauteuil Iéna bleu a pris place, entre autres, non loin du canapé Andy (1962) édité par Ligne Roset, du fauteuil vintage Tripode et d’un lampadaire – le modèle de l’Elysée – qui sera prochainement réédité par Nemo. Mais l’œuvre peut-être la plus impressionnante – et sur laquelle je décide de m’asseoir, tout comme Benjamin –, c’est l’immense Tapis Siège de 1970, témoin de la vision avant-gardiste de Pierre Paulin. Une pure merveille ! Avec passion, Benjamin me parle de son père, de sa trajectoire, de ses créations… Et le couple d’évoquer Paulin, Paulin, Paulin, ses fondements et ses actualités.

 

 

Avec la marque Aesop, Paulin, Paulin, Paulin vient d’inaugurer une nouvelle adresse prodiguant des soins du visage… En quoi consiste votre intervention sur ce projet ?

Benjamin Paulin : Nous avons entièrement meublé l’espace avec des meubles de Pierre Paulin. Le visiteur est immergé dans un univers unique, assez monochromatique, où il déconnecte complètement du monde extérieur. Cet événement, au 205, rue Saint-Honoré à Paris, durera jusqu’à fin avril, voire davantage…

Alice Lemoine : Aménager ce lieu avec des meubles de Pierre Paulin avait un sens, car il fallait que les visiteurs soient dans une ambiance confortable. Nous avons travaillé avec l’architecte d’Aesop pour sa conception. Nous avons mis en avant de nombreuses pièces dont quelques-unes éditées par Ligne Roset, LaCividina ou encore Artifort. Cela montre aussi à quel point le mobilier Paulin est pertinent pour du contract !

 

Pourquoi avez-vous fondé Paulin, Paulin, Paulin en 2013 avec votre mère ?

Benjamin Paulin : Nous nous sommes laissés emporter par notre passion, et le souhait de faire des choses ensemble. En réalité, cela fait presque quarante ans que ma mère génère des contrats, des expositions, œuvre auprès des éditeurs… Ce travail n’était pas formel, mais réel. Il a juste pris la forme d’une entreprise à laquelle nous avons souhaité participer, pour lui apporter notre jeunesse et nos idées.

 

Quels sont les fondements et les objectifs de cette entreprise ?

Alice Lemoine : Promouvoir en permanence l’œuvre de Pierre Paulin.

Benjamin Paulin : L’idée de départ était de réaliser des événements pour révéler l’intelligence du design de Pierre Paulin, de dévoiler certaines pièces inconnues du public ou encore ses projets plus globaux, et de montrer sa vision presque architecturale de l’habitat, une vision que nous avons défendue à travers les événements que nous avons réalisés avec Louis Vuitton par exemple ou encore la galerie Perrotin. Nous apportons par ailleurs notre soutien à la valorisation du mobilier de Pierre Paulin, nous avons un rôle de prescripteurs aussi auprès des professionnels de l’hôtellerie notamment. Nous accompagnons également les éditeurs dans la fabrication et la promotion des pièces. Nous éditons par ailleurs des œuvres rares en série limitée, peu ou pas éditées à l’époque de leur conception pour des raisons techniques ou économiques. Paulin, Paulin, Paulin se pose ainsi comme un « passeur » de projets, prolongeant certains des rêves les plus chers de Pierre Paulin. Nous ne sommes pas un industriel, et ce n’est pas du tout notre vocation.

Quelles pièces avez-vous éditées ?

Benjamin Paulin : Nous en avons édité une dizaine : le siège La Déclive (1966), le Tapis Siège (1970), le fauteuil Iéna, la table Cathédrale (1981), etc. Sur quels projets travaillez-vous actuellement ? Benjamin Paulin : Avec l’équipe d’architecture de la Maison de la Radio, nous travaillons sur la réhabilitation à l’identique des foyers F et 101, que mon Père avait aménagés et créés en 1963. Nous effectuons le suivi du projet et nous produisons le mobilier qui a disparu et qui était unique. Le projet devrait être achevé au printemps.

Alice Lemoine : Nous cherchons toujours à réhabiliter les lieux inventés par Pierre, comme le Conseil Économique et Social, l’Elysée…

 

Pensez-vous que ce dernier projet verra le jour ?

Benjamin Paulin : Mon père avait imaginé deux salons et une grande salle à manger à l’Elysée. Nous avons été conviés à une réception officielle au cours de laquelle François Hollande a annoncé devant une quarantaine d’invités qu’il votait la réhabilitation des salons de l’Elysée. Mais l’annonce publique n’est pas arrivée… Pourtant, cela mériterait bien un petit coup de neuf. Les deux salons ont été démantelés par Valéry Giscard d’Estaing qui ne partageait pas le goût du couple Pompidou pour la modernité… Il avait tout ôté pour mettre ses trophées de chasse à l’époque !

Alice Lemoine : D’ailleurs, cela a révélé la magie du projet ! Pierre avait pensé une coque dans la coque, et sa création a pu être enlevée… Un concept extrêmement moderne à l’époque.

Savez-vous comment votre père avait réagi lorsqu’on lui avait confié l’Elysée ?

Benjamin Paulin : Je pense qu’il était très excité, comme par tous les projets d’ailleurs. Cela a dû également être une source de stress… Il était très déterminé, rigoureux et obsédé par le fait de bien faire son travail.

 

Quels souvenirs avez-vous de votre père en train de travailler ?

Benjamin Paulin : Il était toujours sur sa table à dessins. Bizarrement, il travaillait tout le temps debout ! Je ne le voyais jamais assis. Un paradoxe pour un créateur de sièges de confort ! Le confort, il le traduisait pour le bien-être des autres.

 

Avait-il conscience du génie de ses créations ?

Benjamin Paulin : Il était fier quand il avait bien fait son travail et il reconnaissait aussi quand il avait fait de l’esbroufe ! Il avait un coup de cœur pour la table Cathédrale, qu’il considérait comme son chef-d’œuvre, peut-être parce que derrière sa complexité apparente se cachait une facilité de fabrication.

Alice Lemoine : Il savait quand même qu’il avait inventé des choses assez révolutionnaires, notamment le fauteuil Mushroom. Benjamin Paulin : Oui, le Mushroom et le fauteuil Anneau étaient des pièces qu’il affectionnait particulièrement, car elles étaient le démarrage de toute sa pensée.

 

 

Comment avait-il appréhendé l’arrivée de la nouvelle génération de designers comme Philippe Starck dans les années 80 ?

Benjamin Paulin : Cette période a été particulièrement difficile pour lui. D’un coup, cette génération prenait toute la lumière… Pour lui, se mettre sur le devant de la scène, incarner sa création, étaient des choses inenvisageables. Quand ces designers sont arrivés avec plein de fougue comme des stars du rock, il s’est senti écrasé. Il a eu l’impression que son travail était englouti à jamais.

 

Comment a-t-il rebondi ?

Benjamin Paulin : À l’approche des années 2000, il a été agréablement surpris quand Magis, sous l’influence de Maia, est arrivé pour lui demander des nouveaux modèles. Puis, tout le monde a repensé à Pierre Paulin. Et les projets se sont enchaînés. Trois mois avant sa disparition, à plus de 80 ans, il travaillait encore…

paulipaulinpaulin.com


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