La simplicité idéale

L’italien Piero Lissoni évolue avec une grande maîtrise d’un univers à l’autre, de l’architecture au design en passant par les arts graphiques et l’aménagement intérieur. Des projets pluriels, des créations singulières, mais un trait intemporel. Minimal. Toujours élégant. Entrevue avec un maestro.

Ce génie du design et de l’architecture s’impose comme l’un des créateurs les plus sollicités d’Italie. Piero Lissoni cultive la simplicité, la fonctionnalité, la beauté… Loin d’un statut de star qu’il pourrait endosser. Diplômé en architecture à l’École Polytechnique de Milan, il inaugure Lissoni Associati en 1986 avec Nicoletta Canesi dans cette même cité. Directeur artistique pour Porro, Boffi et Living Divani, il invente des collections pour une pléiade d’éditeurs prestigieux dans l’univers du design. Cette année, entre autres, il signera une nouvelle cuisine pour Boffi, des pièces pour Porro, des sofas pour Cassina, une petite architecture pour Cappellini, des lampes pour Flos, du mobilier pour Glas Italia, Kartell, etc.

Côté architecture et agencement d’intérieurs, il signe des ouvrages grandioses et emblématiques (résidences privées, immeubles, bureaux, hôtels, yachts, etc.) Avec des réalisations très remarquées, à l’image des hôtels Conservatorium à Amsterdam ou encore Mamilla à Jérusalem où il a conjugué passé et modernité avec une intelligence rare.

Vous êtes architecte de formation et vous côtoyez désormais des disciplines très diverses. Pourquoi cette orientation ?

Piero Lissoni : J’ai une formation d’architecte humaniste, ce qui m’a ouvert à d’autres domaines : les mathématiques, la peinture, le graphisme, le design, etc. Cette intégration humaniste m’offre l’opportunité de toucher à différents éléments. La spécialisation ne m’intéresse pas.

D’où votre appétence de développer des projets dans leur totalité ?

En effet. Cela permet d’œuvrer avec beaucoup de cohérence. Comme l’ont fait de grands architectes de la modernité, tels Le Corbusier ou Mies van der Rohe. Ils concevaient tout, du bâtiment aux moindres détails intérieurs.

L’élégance minimaliste est une notion récurrente dans vos réalisations. Est-ce le fondement profond de votre travail ?

J’aime la simplicité, la sensualité… Je crois que la sensualité du silence est l’une des choses les plus importantes. Comme en musique, j’aime dessiner le silence entre différentes notes. Le silence, c’est primordial pour moi. En design comme en architecture, cela modifie tout.

Quels autres principes fondamentaux ponctuent vos créations architecturales ?

La transparence et la simplicité. Je n’ai pas de matériau de prédilection, mais j’apprécie le verre pour la transparence. Et la marier avec l’ombre et la lumière naturelle.

À l’image de l’incroyable bâtiment new-yorkais dans Manhattan sur lequel vous planchez actuellement ?

Oui. Il s’agit d’un minuscule immeuble de 129 mètres de haut tout en transparence, avec bureaux, appartements et petit centre commercial, pensé à partir d’une idée élémentaire : imaginer une simplicité idéale et totale. J’ai beaucoup réfléchi avec les ingénieurs sur cette construction pourvue d’une solution structurelle avant-gardiste. Le bâtiment en porte-à-faux est uniquement fixé à gauche par un mur en béton. Le reste flotte dans l’espace et demeure entièrement transparent avec des parois en verre et en acier. Nous y avons également intégré des technologies pointues, comme des écrans photovoltaïques en façade… Plus de 30 % de l’énergie électrique sera ainsi produite.

 

“J’essaie d’utiliser différents niveaux d’information, de culture et de tradition.”

 

Où puisez-vous toute cette inspiration ?

J’essaie d’utiliser différents niveaux d’information, de culture et de tradition. Je suis moderniste, mais j’aime beaucoup l’idée d’être connecté avec la tradition, l’histoire, le savoir. J’ai besoin de connaître le passé d’un lieu pour l’inscrire dans l’avenir, et ne pas suivre un chemin superficiel. Je ne supporte pas l’uniformisation de la culture ! Pour moi, c’est de la pornographie et un grand désespoir.

Vous esquissez vous-même tous vos projets à la main, votre studio développe actuellement de nombreux programmes dans le monde*, comment parvenez-vous à tout assumer ?

Premièrement, nous sommes une équipe (70 personnes à Milan, 10 à New York, 4 à Tokyo). Et je crois que ma principale qualité, c’est l’imperturbabilité. Je ne suis pas hystérique, je ne m’énerve pas pour rien. Je suis plutôt quelqu’un de calme, de bonne humeur. Mais la chose qui m’agresse vraiment en revanche, c’est la superficialité. Pour moi, elle n’est pas acceptable. Je refuse tous les projets superficiels, qu’ils soient professionnels ou privés.

Je travaille beaucoup certes, mais je passe aussi beaucoup de temps à étudier. Et lorsque j’ai besoin de me ressourcer, de me retrouver seul avec moi-même, je pars me promener à pied dans un musée milanais par exemple. Je peux aussi prendre l’avion un matin pour Paris juste pour marcher dans la ville. Sans aucune pression. Juste comme cela, si je le souhaite. C’est la solution pour survivre.

Quel projet dans un domaine encore inexploré rêveriez-vous d’accomplir ?

Le projet de demain. Au cours de ma carrière, j’ai eu une chance inouïe. J’ai fais ce que j’ai souhaité : je suis devenu architecte, designer ; je traite la photo, l’art graphique… Je voyage beaucoup et je rencontre des personnes passionnantes. Je suis certain que demain quelqu’un me demandera quelque chose de nouveau. Chaque aventure est excitante, de la tasse de thé, à la machine à café, à l’immeuble… J’attends donc demain. Tout est possible.

www.lissoniassociati.com

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