Qui peut se targuer d’être à la fois sportif de haut niveau, travailleur social et street artiste à la renommée grandissante ? Philippe Echaroux. Né à Marseille dans une famille d’instituteurs, cet artiste de 34 ans rassemble dans ses créations tous ses engagements. Fier de son concept Street Art 2.0, ce photographe autodidacte inonde de mots et d’images choc villes et contrées sauvages, d’ici et d’ailleurs.

 

 

Ce qui frappe instantanément chez Philippe Echaroux c’est la détermination, l’engagement non négociable. Au début, il y avait un jeune homme de 18 printemps pratiquant le kite-surf à un niveau professionnel, se préparant à devenir éducateur : une tête bien faite dans un corps sain. Lors d’un séjour sportif dans les Landes, alors qu’il vient d’acquérir pour la première fois un appareil photo, il se découvre une passion pour la caméra, et, au début, pour le portrait. Nous sommes en 2008. La même année, il est lauréat du Concours International de la Photographie Dior, ainsi que du Concours National FNAC. De quoi encourager vivement cette envie de créer qui germe chez Philippe : « Pour moi, ces deux récompenses ont résonné comme un signe : je devais me lancer complètement sur cette voie-là. » Les contrats s’enchaînent pour celui qui n’a eu aucune formation classique en photographie.

En 2010, Adidas fait appel à lui pour sa campagne publicitaire à travers le monde. En 2013, c’est le tour du géant coréen de l’électronique Samsung de lui confier son image à travers le monde. Dans l’intervalle, il peuple la nuit marseillaise de ses messages lumineux, venant chercher le passant là, dans certaines zones intimes : « Que pense l’enfant que tu étais de l’adulte que tu es devenu ? » Difficile de passer son chemin alors… Tel un bolide lancé à pleine vitesse, Philippe, fort de ses récents succès, crée un concept artistique novateur : le Street Art 2.0. Street Art parce qu’il procède, comme ses camarades, dans la rue, donnant à voir à ceux qui bien souvent ne franchissent pas le pas des galeries ou des musées, ou tout simplement à ceux qui ne sont pas là pour voir. Les risques sont les mêmes que pour les artistes adeptes des bombes aérosols, à un détail près : « Comme il s’agit d’images projetées, il n’y a pas de détérioration, donc on peut s’en tirer plus facilement si on se fait prendre. Enfin pas partout. En 2015, j’ai été invité à participer à la Biennale d’Art Contemporain de la Havane. Là-bas, les enjeux ne sont pas les mêmes, et c’était très compliqué. Mais je pars toujours du principe qu’il vaut mieux demander pardon que la permission. » Ses projections lumineuses éclatent sur les murs de la cité phocéenne (dont il sera ambassadeur en 2015), sur les paysages de Val d’Isère, ou encore sur les façades de Barcelone.

2.0 parce qu’il utilise ce que la technologie moderne comporte de potentiel novateur pour le street art : « En fait, ma peinture, mon médium, c’est la lumière. En Amazonie, j’ai photographié les visages de membres de la tribu Surui pour ensuite les projeter sur les arbres de la forêt primaire. Il m’a fallu deux années pour monter ce projet qui me tenait particulièrement à cœur. Sur place, la réalisation a duré sept jours, tout compris. C’est cela le 2.0, la capacité à faire aussi rapidement quelque chose de cette envergure. » Par ce travail, Echaroux compte bien sensibiliser sur l’urgence écologique de sauver cet énorme poumon vert, mis en péril par l’avidité des compagnies forestières et des chasseurs d’or venus de tous horizons. De cette installation au cœur de l’Amazonie, Philippe Echaroux a fait des photos qui attestent de l’expérience vécue. Elles sont aussi ce qui lui permet de vivre en accord parfait avec ses convictions. Comme nombre de ses coreligionnaires du street art, il s’expose sur les murs des galeries aussi, pour pouvoir continuer d’entreprendre ces folles aventures, bourrées de sens commun et de philanthropie. « J’ai même vendu quelques installations à des particuliers », raconte-t-il, à la fois surpris et heureux. L’artiste militant ne compte certainement pas s’arrêter en si bon chemin, d’autant que certaines de ses œuvres ont intégré depuis peu le Musée du street art français. Mais lorsqu’on l’interroge sur ses projets en cours, il répond très fermement : « Je veux garder le secret, mais je peux tout de même vous dire que ce sera une première. »

 

www.philippe-echaroux.com

 


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