La quête du sens

Depuis près de vingt ans, le designer Patrick Norguet collabore avec les plus grands éditeurs italiens et européens, se nourrit de la diversité des rencontres et des cultures et imagine des produits en phase avec leur environnement, esthétiques et équilibrés. À l’aube du salon de Milan, il partage avec nous ses dernières réflexions et nous dévoile ses actualités. Rencontre.

Lorsque nous avions rencontré Patrick Norguet en 2013 (Artravel n° 50), il nous avait conté son parcours, ses motivations, ses ambitions et sa vision du design. Trois ans plus tard, l’homme de 46 ans suit toujours avec ferveur la même ligne conductrice : aller toujours plus loin, innover, partager, inventer des pièces justes, suivre de près la production, travailler dans la durée avec ses partenaires, comprendre leur ADN… De Cappellini, pour lequel il dessina notamment la Rainbow chair qui le fit connaître, à Cassina, Alias, Kristalia, Glas Italia, Lapalma, Tacchini, Tolix, Arflex, Artifort ou encore Ethimo, il a collaboré avec les plus grands et continue sa trajectoire avec la plupart d’entre eux. Tout en s’illustrant parallèlement dans le domaine de l’architecture intérieure avec des projets fraîchement inaugurés, comme l’hôtel Okko à Cannes.

 

Quels produits présenterez-vous ces prochains jours au salon de Milan ?

Patrick Norguet : Naïve, de grandes plaques de céramique pour Lea Ceramiche, une déclinaison de la chaise Kobi pour Alias, le fauteuil Kobi Large. Avec Kristalia, je présente la chaise Colander, hautement polyvalente, et qui amène un plus de par sa simplicité et son design. Nous continuons de travailler avec Ethimo, une marque de mobilier outdoor qui monte en flèche ! Pour eux, nous avions conçu Knit, une collection pourvue d’un rythme naturel et artisanal, d’un esprit élégant caractérisé par la chaleur du bois et par le tressage « tricoté » de la structure, puis la collection lounge Swing. Pour Milan, la nouvelle chaise Nicolette sera exposée. Je vis vraiment une histoire d’amour avec toutes ces marques et une relation privilégiée avec les entreprises. Enfin avec Pedrali, une nouvelle collaboration, je viens de finaliser la REPCA Chair qui sera également dévoilée lors du salon.

 

À quelles attentes répond cette dernière chaise ?

Patrick Norguet : J’ai souhaité avant tout travailler sur le confort en dessinant une assise à l’allure sereine, accueillante et confortable. Le projet est simple et repose sur l’assemblage entre le dossier et l’assise qui s’ancrent sur une base et un piétement en aluminium. REPCA chair est déclinable dans de multiples finitions de tissus et de combinaisons de matériaux, comme le cuir, qui garantissent à l’espace force et élégance. Pour la maison ou les restaurants, REPCA chair est une assise polyvalente avec une large palette d’usage.

Et vos autres actualités 2016 ?

Patrick Norguet : Je collabore toujours avec Artifort sur une extension de gamme et des assises pour le bureau. J’œuvre aussi avec Vista Alegre, une importante fabrique de porcelaine au Portugal avec laquelle je réfléchis à un revêtement mural en porcelaine pour l’architecture. Et j’ai également entamé un partenariat avec Muuto.

 

Parmi vos créations, la chaise est omniprésente… Comment parvenez-vous à vous renouveler ?

Patrick Norguet : C’est un sujet assez récurrent dans le mobilier, mais il y a toujours des choses intéressantes à produire autour de cet objet. Je pense que je me renouvelle par un design évident, juste et simple. Quand on me demande de dessiner une chaise, c’est à chaque fois un vrai challenge !

 

Continuez-vous de penser des concepts pour McDonald’s ?

Patrick Norguet : Oui. Nous avons inauguré le mois dernier leur restaurant amiral, avenue des Champs-Élysées, avec un concept nommé « No Deco ». Un projet atypique, une écriture radicale et définitivement moderne. L’ambiance est assez architecturée, très béton. Et l’utilisation de ce béton associé à de la tôle et un filet métallique contraste avec l’accumulation spectaculaire des boites de lumière, une installation permanente qui structure l’ensemble des volumes.

 

Parvenez-vous à prendre un peu de recul sur votre travail ?

Patrick Norguet : L’exposition sur mes créations, « L’esthétique du détail », qui a eu lieu en octobre dernier au RBC Design Center à Montpellier, était intéressante à ce niveau. Elle m’a permis de prendre le temps de déconstruire les choses, de me poser, de mettre tout à plat, de voir le temps passé autour de chaque produit et d’apprécier toute l’histoire qui conduit à sa sortie. Avec Franck Argentin, fondateur de ce showroom de mobilier design, nous voulions faire comprendre au public la qualité de tous ces meubles. Il s’agissait d’une réflexion autour du métier de designer, de valoriser le savoir-faire des industriels autour d’une assise. Pour apporter un éclairage différent, nous avions présenté toutes les pièces constituant une assise et tous les éléments constructifs autour d’un projet pour expliquer au public les coûts. Nous avons souhaité montrer que le design n’est pas juste du style. C’est un concept, une idée, de la technologie, du savoir-faire, des process, des personnes…

 

Sur quels autres projets aimeriez-vous plancher ?

Patrick Norguet : Je suis en train de développer avec mon cousin Vincent Norguet et un troisième associé une marque de Cognac qui s’appelle D’aincourt Cognac. L’idée est née un soir avec mon cousin en plaisantant, puis nous avons franchi le pas ! Nous réalisons des Cognacs d’exception, issus exclusivement de l’appellation Grande Champagne, premier cru de Cognac. On les vend sur différents continents mais très peu en France pour le moment. J’ai pensé le nom et l’image qui va autour à partir d’une histoire familiale. C’est passionnant !

 

 

www.patricknorguet.com