Mais où est-on ? Sur quelle planète ? Dans quelle nouvelle production Pixar ? Ici, tout est décalé, coloré, drôle. Des personnages hybrides, mi-humains, mi-animaux, moulés dans des résines éclatantes, s’adressent avec humour aux visiteurs. Welcome in Michel Soubeyrand’s world.

 


 

La soixantaine rayonnante, Michel Soubeyrand cueille la vie avec une joie sans cesse renouvelée. Il pose un regard doux sur son parcours protéiforme, remercie l’existence de lui avoir permis de tenter toutes ces aventures, le plus souvent avec succès.
Notre créatif (terme qui le définit mieux selon lui que « artiste »), du plus loin qu’il se souvienne, a toujours su que son chemin serait artistique. Né à Toulon d’un père médecin de marine et d’une mère peintre et antiquaire, Michel, dès l’âge de 14 ans, envisage d’entrer aux Beaux Arts. Pressé et enthousiaste, il tente le concours des Beaux Arts de Paris à 17 ans et réussit. À sa sortie de l’école, il remporte un prix du Musée d’Art Moderne.
La comète Soubeyrand est lancée ! Sculpture, modelage, il ne s’arrête plus. Quelques bonnes fées qui passent par là se penchent sur son berceau, notamment Isabelle Waldberg et Claude Viseux, un proche de César. Un jour, un ami fait appel à ses talents de modeleur-mouleur pour un projet publicitaire. Michel a 25 ans et ne peut refuser cette occasion d’arrondir ses fins de mois. Il s’engage dans ce nouveau challenge, mettant ses compétences au service des autres.

« La rencontre avec Hilton Mac Connico a été décisive, lors d’une collaboration pour les champagnes Mercier. Hilton était une star, un type formidable. Il est certainement parmi ceux qui ont grandement influencé mon parcours. Hormis Hilton, je crois que celui dont je me sens le plus proche est Murakami. »
Les commandes accroissent très rapidement, et le jeune créatif, qui travaille seul, envisage d’élargir la structure. Pendant une vingtaine d’années, les ateliers Michel Soubeyrand inondent les écrans de télé de petits bonshommes Lustucru, de marionnettes pour le Bébête Show : « C’était une période de folie créative. Tout était possible. On travaillait nuit et jour. On fabriquait des personnages de toutes sortes. On avait carte blanche. Nous étions des magiciens auxquels personne ne demandait jamais les secrets de fabrication. Je me suis beaucoup amusé, et j’ai tout bouffé.»
Heureusement, il y a chez cet homme-là une belle animalité qui veille. À 37 ans, le système commence à s’épuiser, et l’homme avec. « Je sentais qu’il fallait lever le pied. Mais c’est mon cardiologue qui a verbalisé tout cela en me prévenant, lors d’une visite, que si je continuais à ce rythme-là, je ne ferais pas de vieux os. De toute façon, les progrès de l’imagerie de synthèse sonnaient le glas de nos métiers. En peu de temps, j’avais quitté Paris, son excitant tourbillon, pour un havre de paix dans les montagnes cévenoles. » Là, il élève des chevaux (une passion dont il parle aujourd’hui au passé, et non sans un certain soulagement), il se remet à peindre, à sculpter, renoue avec ses premières amours. Quand l’occasion se présente, Michel accepte encore quelques projets pour le cinéma ou la pub. Mais il n’y aura pas de retour à la vie d’avant. « J’avais besoin de calme, de voir mes enfants grandir, de me poser. »

Dans la sérénité de son mas, Michel s’offre l’opportunité de réaliser pour lui-même ce qu’il a fait pendant longtemps pour d’autres. Enrichi de cette vaste expérience, il donne vie à des personnages qu’on croirait tout droit sortis de dessins animés pour enfants. Sauf qu’à y regarder de plus près, on perçoit aisément dans ces jolies toreras siliconées, dans ses Dog Vador, un délicieux sens de la dérision qui pourrait échapper aux plus jeunes. Ses créatures incarnent la réconciliation entre l’homme de pub et l’enfant gâté, ouvrant une porte sur un art contemporain néo pop, débarrassé des arrogances et des discours.

« Je m’amuse, c’est un besoin. Alors j’expérimente, je teste. Mais l’humour est toujours au rendez-vous. J’ai une grande confiance dans le lendemain, ce qui me libère de peurs paralysantes. Lorsque cela ne marche pas bien, je travaille 10 fois plus. Je fais les choses sérieusement, mais je ne suis pas sérieux. À quoi cela servirait-il de toute façon ? C’est tellement fragile la vie ! »
Aujourd’hui installé dans les environs de Montpellier, ce grandpère trois fois et père de deux jeunes garçons de 14 et 16 ans, continue de croquer la vie. La tête sans cesse pleine de projets, Soubeyrand nous parle tout à trac d’un livre (qui devrait sortir courant 2017), des créatures en gestation dans son atelier, de son ambition de revenir à l’abstraction par la peinture, de son envie de participer au Burning Man prévu dans le Larzac l’année prochaine. Un foisonnement de désirs et de joies, palpables dans l’oeuvre de ce grand enfant du Toy Art.

www.galerie-artima.com
www.ventedart.com

Exposition personnelle en 2017 à la Rasson Art Gallery de Tournai (Belgique).

 


Retrouvez l’article dans notre Artravel n°71 – Spécial Habitat

Artravel-71-Special-Habitat

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