Exercice d’équilibre

Ouvert depuis plus de trente années, le studio israélien De Lange s’inscrit dans un paysage architectural intellectuel et artistique. Aujourd’hui, De Lange dévoile la Maison 7. Rencontre avec une agence du troisième type.

Designer industriel, Chanan De Lange est ce que l’on pourrait appeler, un artiste. Loin de la simple posture, l’homme vit sa créativité défait des contraintes des modes, exprimant sa passion pour les formes sans autre limite que celle de son imagination. Designer industriel depuis 1985, avant même que le mot ne prenne des accents un peu béotiens, De Lange vit depuis dans son Studio au nom éponyme, qu’il a créé, tout juste diplômé de la Bezalel Academy of Arts and Design de Jérusalem. Passionné par le monde de l’art, adepte du grand Marcel Duchamp, « l’homme le plus intelligent du siècle » comme l’avait nommé le poète surréaliste André Breton, Chanan De Lange poursuit son œuvre sans jamais céder un pouce à la facilité. Accompagné de Tal De Lange qui le rejoint en 2000, le studio, devenu encore plus grand, fait aujourd’hui valeur de référence incontournable sur le marché du design israélien mais aussi de l’architecture. Inspiré par le monde végétal, celui de la nature humaine et de la vie en général, le Studio De Lange semble mettre un peu de tout cela dans chacun de ses projets. Comme dans la Maison 7, sur laquelle nous nous penchons aujourd’hui, et pour laquelle le Studio a réalisé un véritable exercice d’équilibre. Réduite à ses plus simples apparats, la Maison 7, à Rishpon près de Tel-Aviv, est constituée de deux blocs de béton reliés par le trait fin d’une structure de verre. En forme de T, elle procède du mouvement naturel de la courbe qui se protège du monde extérieur. D’un côté, les pièces partagées, inscrites dans un vaste espace, clair et lumineux, de l’autre, un bâti, de moindre taille, où se cachent les chambres, les bureaux et les salons privés.

Par sa façade extérieure, par laquelle l’on y pénètre, la Maison 7 ne dévoile que bien peu d’elle-même. Il faut dire, qu’elle a fait le choix tangible du repli. Une fois passée la muraille de béton, on découvre alors la face cachée de la maison, un espace ouvert et lumineux dont la façade sud-est, elle, est bardée de portes en verre. Une simplicité formelle qui surprend un peu après le passage presque rétif de la muraille d’entrée. À l’intérieur, à la simplicité structurelle s’ajoute la monochromie des tons dont la palette a été maintenue dans les plus stricts minima des gris, du noir, des bois clairs et de la pierre naturelle. Dans cet endroit un peu austère, peut alors prendre place, le mobilier des propriétaires, collectionneurs d’art avertis, dont les pièces investissent les murs et les espaces. C’est d’ailleurs par ce dialogue exquis, la pureté des lieux et la richesse des œuvres, que la Maison 7 gagne son pari. Celui d’une résidence, élégante certes, mais qui fait don d’elle-même face à la beauté de l’art qui l’habille et surtout de cet espace naturel, ce jardin providentiel, sur lequel elle est siège sans autre exigence que de lui faire tous les honneurs.

www.delangedesign.com

Photos : © Amit Geron


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