Jardin Secret 

La passion pour l’art de Moïse de Camondo, au début du siècle, s’allie aujourd’hui à l’enthousiasme de la jeunesse du chef, Alexis Le Tadic. Cette nouvelle adresse parisienne ne peut que vous séduire : de belles raisons de se rendre rue Monceau.

En bordure du parc Monceau, dans le VIIIe arrondissement de Paris, l’hôtel de Camondo, bâti au début du XXe siècle, sur le modèle du petit Trianon de Versailles, est un musée abritant une collection de meubles, tableaux, tapis, tapisseries, porcelaines, orfèvrerie de la seconde moitié du XVIIIe siècle, exceptionnelle par sa qualité et sa cohérence. Au début du XIXe siècle, les frères Camondo, après avoir fondé l’une des plus importantes banques de l’Empire Ottoman, se fixent à Paris. Leurs fils, Isaac et Moïse, deviennent des personnalités du monde de l’art et des collectionneurs. Moïse se passionne exclusivement pour le XVIIIe siècle français. Et c’est lui qui fait construire par René Sergent en 1911 une somptueuse demeure au confort moderne, inspirée du petit Trianon. Conçu pour accueillir ses collections, l’hôtel abrite aussi ses deux enfants Nissim et Béatrice.

La première guerre mondiale éclate. Devenu aviateur, Nissim meurt pour la France lors d’un combat aérien en 1917. Cette disparition détermine Moïse à léguer cet ensemble unique à l’Etat français en souvenir de Nissim. Jusqu’à sa mort en 1935, le collectionneur se donne pour mission de parachever son œuvre de « reconstitution d’une demeure artistique du XVIIIe siècle ». Mais confort oblige, l’ascenseur, les salles de bains, l’office, la salle à manger du personnel et la cuisine sont à l’avant-garde des techniques des années 1910. Évidemment, ce n’est pas dans cette cuisine historique qu’Alexis Le Tadic, le chef, élabore ses spécialités…

C’est dans l’ancienne remise aux voitures de l’hôtel particulier que le restaurant a trouvé sa place… presque comme une adresse confidentielle. Si le plafond à caissons et les colonnes métalliques d’origine ont été conservés, la salle est une grande pièce claire où un large bar vous invite au partage. Mélangeant styles et matières, et ornée de plantes vertes dans l’esprit d’un jardin d’hiver, la salle à manger s’ouvre sur une grande cour pavée, silencieuse et lumineuse. Un jardin secret, pour des déjeuners et dîners au soleil dès les premiers beaux jours…

« Sans la maîtrise la technique n’est rien » : telle est la devise d’Alexis, le chef qui est passé par les plus prestigieuses cuisines, le Louis XV d’Alain Ducasse à Monaco, le Comptoir d’Yves Camdeborde, et dernièrement Jouvence, Bib Gourmand Michelin 2017. Et à 26 ans, il nourrit un projet attachant : devenir, comme son premier maître et ami, Arnaud Nicolas, meilleur ouvrier de France. C’est Arnaud qui lui a donné le goût de la charcuterie légère et savoureuse et c’est à lui qu’il dédie son Pâté en croûte de volailles. Sa Terrine de cailles aux fruits secs et au chutney de coing ou sa Joue de bœuf braisée au jus de truffes servie avec des courgettes violon flambées au cognac sont très convaincantes. Depuis la rentrée, il propose un Boudin blanc au homard et langoustines avec des légumes confits dans le jus de homard. À découvrir ! Et si vous aimez les desserts, Christophe Michalak, champion du monde de pâtisserie, a réalisé une sélection de ses meilleures créations et de délicieuses gourmandises : Klassik Pavlova, Millefeuille au mètre, Tarte yuzu, Glace aux agrumes… À déguster et à partager en fin de repas ou pour une pause sucrée en milieu de journée. Et il est fort à parier que Moïse de Camondo aurait goûté avec un bonheur amusé la cuisine concoctée dans sa remise aux voitures ! Ces Français… quel talent ! Aurait-il sans doute murmuré…


       Retrouvez l’article dans notre Artravel n°77 — Spécial Habitat


Disponible sur notre boutique – 10 € (frais de port compris)

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