À la croisée de différents mouvements, L’Atlas crée dans son atelier parisien des Lilas, qu’il partage avec l’artiste Tanc, des œuvres issues de sa créativité bouillonnante, dont certaines nous rappellent même un certain Vasarely…

Né en 1978 à Toulouse, Jules Dedet a grandi à Paris où il vit toujours. Issu d’une famille baignée par l’univers du cinéma, il commence par investir ce domaine, avant d’expérimenter la rue et le graffiti jusqu’en 2002. Fasciné par le trait et l’écriture, ses tags dévoilent alors des « lettres pures et des tracés directs ». Pour parfaire son art, L’Atlas part étudier, de 1999 à 2001, au Maroc, en Égypte et en Syrie, les bases de la calligraphie arabe géométrique, le Koufi, auprès de maîtres calligraphes. Cet héritage du koufi géométrique, il le mêlera ensuite à l’alphabet latin pour penser sa propre écriture universelle. En Chine, il apprend aussi la sigillographie : l’art de graver les tampons. Des voyages fondamentaux qui donneront à ses lettrages de nouvelles formes, entre Orient et Occident. Une signature unique et identifiable dans toutes les villes où il se distingue avec ses performances. Et un leitmotiv : dans la rue ou sur la toile, la présence de son logogramme ou d’aphorismes dissimulés dans l’œuvre. On reconnaît ses boussoles dessinées sur les trottoirs indiquant les quatre points cardinaux. En 2008, il est même invité à en réaliser une, géante, sur le parvis du Centre Pompidou. Ses bandes labyrinthiques marquent certaines places connues, comme celle du Capitole à Toulouse en 2012. Ses séries d’empreintes de plaques d’égouts, sur lesquelles il note le point GPS de chaque plaque, affirment également son goût pour l’utilisation et le détournement des codes urbains. Sans oublier un lien fort avec la carte, omniprésente. Si son nom, L’Atlas, évoque la mythologie grecque, l’artiste revendique son rapport étroit avec « l’atlas géographique, la topographie et la typographie ».

Bombe de peinture, scotch, gaffer, craie, etc., il multiplie les matériels et les supports, de la toile à l’affiche en passant par le mur d’immeuble, les pavés d’une place ou le trottoir. Depuis plus de 10 ans cependant, il s’illustre davantage en atelier, faisant ainsi progresser son style, son approche créative.

« Je me rends compte que le processus de la peinture est plus fort que l’idée de la peinture elle-même, et que les étapes du travail en atelier racontent plus de choses que l’idée d’origine. »

Le choix même de ses couleurs a aussi évolué. Au constant noir et blanc, il ajoute du rouge, « la couleur de l’anarchie », puis d’autres teintes plus vives, voire fluorescentes, ces derniers mois.

« Au départ, j’étais dans une lignée très calligraphique. Depuis près de cinq ans, je mélange signes et art optique, un dernier art que j’affectionne particulièrement. Mes proportions ont changé. L’œil ne sait plus s’il doit lire l’espace ou le plan, ce qui crée une vibration rétinienne. Je travaille beaucoup autour de cette vibration rétinienne avec la géométrie. Mes lettres sont toujours présentes, mais en second plan. Je cherche à entrer dans l’abstraction géométrique et l’art optique. Ainsi, le spectateur a un vrai rôle à jouer : l’œuvre ne peut pas exister sans son œil. »

Parmi ses autres projets, la photographie. Jules Dedet voyage toujours avec sept « Toiles errantes » (ses sept premières toiles) qu’il photographie depuis quinze ans dans l’espace public des villes du monde. Quant à l’architecture, elle demeure plus que jamais au cœur de ses préoccupations…

« Je suis en train de collaborer avec des architectes pour intégrer des créations au sein même des structures des bâtiments, des dallages… »L’envie « de sortir un peu de la peinture »d’une part, mais aussi celle d’imaginer des objets urbains.

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