Une identité affirmée

Architecte d’intérieur, designer et scénographe, India Mahdavi multiplie les projets en France et à l’international et imagine pour chacun une véritable histoire. Née d’une mère égyptienne et d’un père iranien, c’est à Paris qu’elle exerce son art rue las Cases où elle possède deux showrooms qui présentent ses collections de mobilier et d’objets. Des produits polychromes, joyeux et aux formes douces tout comme ses intérieurs. Entrevue.

 

Vous êtes diplômée en architecture et vous ne réalisez que des intérieurs. Pourquoi ce choix ?

India Mahdavi : En réalité, je voulais même être réalisatrice de film à l’origine ! J’ai commencé des études en architecture un peu par défaut me disant que cela pourrait toujours me servir… Diplôme en poche, j’ai compris que je ne souhaitais pas vraiment travailler dans un bureau d’architecte… Alors je suis partie aux Etats-Unis effectuer des études de design industriel, de mobilier et de graphisme. De retour à Paris, j’ai intégré le studio de Christian Liaigre. Je suis rapidement devenue sa directrice artistique, et cela me convenait parfaitement. J’ai réalisé que l’on pouvait créer des lieux magiques et raconter des histoires… et que le temps de production était plus rapide qu’en architecture. J’y suis restée sept ans, jusqu’en 1997. Des années très formatrices où j’ai appris tout le travail sur les matériaux, à savoir les choisir, à travailler les tissus… Et à l’époque, il se passait beaucoup de choses intéressantes en architecture intérieure ; c’était le début de toute une révolution dans l’hôtellerie également. C’était assez incroyable !

 

Pourquoi avez-vous quitté l’agence ?

India Mahdavi : J’ai eu un enfant, et pour moi, c’est un moment important dans une vie. Je me suis demandée justement quelle vie j’avais envie d’avoir et ce que je souhaitais transmettre à mon fils… Et j’en ai déduit que j’avais besoin de voler de mes propres ailes, d’être plus libre. J’ai alors démissionné.

 

Et ensuite ?

India Mahdavi : Tout est allé très vite. On m’a confié rapidement beaucoup de projets, et à l’étranger. Joseph Ettedgui, le fondateur de la marque Joseph, m’a beaucoup aidée. Il a été une sorte de mentor parce qu’il m’a beaucoup encouragée et m’a donné ma première chance. Je devais meubler sa maison à Saint-Jean-Cap-Ferrat, et le bouche à oreille a fonctionné.  Jonathan Morr compte aussi parmi les rencontres déterminantes. J’ai fait avec lui mon premier hôtel à Miami, The Townhouse qui a ouvert en 2000. J’avais à peine un an de création de société… Ce projet a connu un succès fou, et, à ce moment-là, j’ai rencontré Ian Schrager qui m’a confié la réalisation d’un hôtel. Mais il y a eu septembre 2001… et le projet s’est arrêté. Puis, d’autres sont nés…

 

Vous venez de terminer un projet singulier, le restaurant I Love Paris by Guy Martin à Paris-Charles de Gaulle… Quelle en est l’essence ?

India Mahdavi : L’idée était de casser tous les codes de l’aéroport. En général, on y trouve des matériaux renforcés, pas très sexy, et j’ai donc décidé d’utiliser beaucoup de couleurs et de textures, qui sont malgré tout très résistantes. J’ai ramené un vrai restaurant parisien dans l’enceinte de l’aéroport.

 

Bisazza a aussi fait appel à vous l’an dernier pour dessiner une collection. Que souhaitiez-vous exprimer ?

India Mahdavi : Je voulais donner une nouvelle vie aux carreaux de ciment, un matériau que j’ai toujours utilisé pour sa qualité « vintage ». Je souhaitais leur donner une vraie modernité, en sachant que les motifs les plus simples sont souvent les plus faciles à utiliser, et développer une palette inhabituelle de couleurs.

 

Quel est le style India Mahdavi ?

India Mahdavi : Je crée des identités de lieux, des lieux assez forts dont on se souvient. Chacun est différent. J’aime aussi lier les lieux à des couleurs. Certains m’inspirent directement une teinte. Mais la couleur signifie aussi une lumière et exprime de la joie. Quand je souhaite apporter de la lumière dans un endroit, j’utilise de la couleur. Je puise aussi beaucoup dans mes souvenirs… et mes premiers souvenirs d’enfance aux Etats-Unis, ce sont les cartoons très colorés. Et puis je suis une fille de l’Orient. Même si je n’ai pas vécu en Iran ou en Égypte, je n’ai pas peur d’utiliser des couleurs.

 

Vous œuvrez dans de multiples domaines, restaurants, hôtels, mobilier, etc. Avez-vous une préférence ?

India Mahdavi : J’adore travailler sur des projets dont l’échelle est différente et j’aime la variété. Je peux trouver autant de plaisir en travaillant sur un hôtel, un restaurant ou un bateau ! Ce qui importe surtout, c’est la personne avec laquelle je dois concevoir le projet.

 

Sur quels projets planchez-vous actuellement ?

India Mahdavi : Quelques résidences à Saint-Jean-Cap-Ferrat notamment, un yacht des années 60 pour une femme et sa fille, pas immense mais qui sera joyeux et coloré.

Parmi les changements récents, j’ai refait tout mon showroom de la rue las Cases. Il est désormais plus dessiné, plus luxueux, plus abouti.

 

Avez-vous envie d’explorer d’autres univers ?

India Mahdavi : J’aimerais continuer à explorer de nouveaux domaines, comme par exemple travailler avec des matériaux de construction, auxquels je crois beaucoup. D’ailleurs, je collabore cette année sur un autre projet avec Bisazza, mais je ne peux pas vous en dire plus pour le moment…

Je suis très heureuse d’avoir la liberté de choisir mes projets et d’en avoir toujours beaucoup en cours, mais j’aimerais aussi un jour retourner à mon premier amour, l’architecture.

 

www.india-mahdavi.com