Hors codes

Le jeune Igor Sirotov détonne avec ses intérieurs et ses extérieurs minimalistes d’une extrême élégance. Souvent ponctuées de matériaux bruts et bien loin des modes, les résidences privées de cet architecte et designer ukrainien bouleversent toutes nos certitudes. Une architecture inclassable, contrastée, entre force et simplicité.

Ne demandez pas à Igor Sirotov de commenter longuement son travail et de justifier ses choix… Non. L’architecte et designer ukrainien n’aime pas disserter sur ses sujets. « Je fais du design », concède-t-il. Point à la ligne. Son approche ? « Engendrer une œuvre d’art à chaque fois. » En parcourant l’intégralité de ses réalisations de demeures privées, il semblerait que ses objectifs soient atteints… Le jeune homme, amateur des architectures du Japonais Tadao Andō et inspiré par le wabi sabi, prône haut et fort son goût pour le minimalisme qu’il traduit ainsi : « Un manifeste de confort et de détente, le manifeste de l’espace dans la maison qui est converti en un sentiment de liberté et de légèreté pour créer et profiter de la vie. » Loin des tendances du moment et pourtant très ancrés dans notre XXIe siècle, ses projets anticonformistes brillent également par leur intemporalité. Dans la lignée peut-être d’un autre Ukrainien talentueux : l’architecte Sergey Makhno. Avant de voler de ses propres ailes en 2012 et d’inaugurer son studio à Kiev en juin dernier, Igor Sirotov a en effet collaboré avec ce spécialiste des intérieurs peu conventionnels sur fond de minimalisme et d’écologie (voir Artravel n° 40).

Autre point notable : le travail soigneux sur les matériaux. Et il affectionne particulièrement « le bois, le béton et la pierre ». « Dans tous mes projets, je mets l’accent sur la texture des matériaux. » Des matériaux souvent bruts – le béton notamment – réchauffés par de belles matières ou encore quelques touches de bois. Des ensembles harmonieux qui autorisent les couleurs sombres qui rythment certains projets. Il a même osé les intérieurs black and white. Des créations, animées par des lignes et cadrées sur la nature, jamais glaciales. Bien au contraire, elles s’imposent majestueuses et élégantes, et sont sublimées par ce savant dosage entre l’utilisation des matériaux et l’intelligente gestion de la lumière naturelle, toujours très présente, tout comme ce sentiment d’espace qui habite ses volumes jamais surchargés.

Sa conception rêvée ? « da-House. La maison dans laquelle je vis avec ma famille », confie-t-il. Et quelle demeure ! Située dans une plaine sur la côte de la mer Noire, la da-House, agrémentée d’une piscine, s’étale sur 350 m2 et évoque l’architecture moderne japonaise. Ici, le verre et le béton règnent en maître avec le bois. Parmi les idées insolites de l’architecte, citons, l’invention d’un plafond transparent au-dessus du garage qui révèle l’étage, et vice-versa. Les tons obscurs privilégiés ici auraient pu conférer au lieu une atmosphère dark inquiétante… Pourtant, il n’en est rien. Cette réalisation concentrée sur l’essentiel relève davantage de la performance artistique.

http://igorsirotov.com