La liberté du mouvement

D’origine islandaise, l’architecte Gulla Jónsdóttir exerce son art depuis vingt ans à Los Angeles. À travers ses nombreux projets dans le monde de lieux publics et de résidences privées, elle bouscule les codes établis pour laisser place à des architectures en mouvement, à la fois intimes et théâtrales.

« Je suis adepte d’une architecture artistique aux formes sensuelles et dynamiques qui agissent en harmonie avec leur environnement », annonce l’architecte Gulla Jónsdóttir. Une affirmation qui résume assez justement les réalisations de cette femme brillante de 47 ans, qui a ouvert sa propre agence en 2009 après avoir notamment travaillé aux côtés de Richard Meier. Qu’il s’agisse de bâtiments ou des intérieurs d’une résidence privée, d’un restaurant ou d’un hôtel, à chaque fois, elle cherche à inventer en toute liberté des expériences spatiales uniques qui suscitent l’émotion. Reine de la courbe, des circulations fluides et des espaces en mouvement, adepte des contrastes, des matériaux naturels parfois laissés à l’état brut, Gulla Jónsdóttir puise son inspiration dans des sphères multiples :

>« La nature et l’univers qui entourent chaque projet, l’art, la mode et l’inconnu. Je conçois avant tout mes projets avec le cœur. »

Et son style tout comme son état d’esprit séduisent, et ses projets divers sont réellement salués : Hollywood Roosevelt Hotel, Thompson Beverly Hills Hotel, Grauman’s Chinese Theater, restaurant Red O à Los Angeles, etc. L’an dernier, c’est Jean-François Piège qui a fait appel à ses talents pour son Grand Restaurant à Paris. « J’avais rencontré Jean-François Piège et sa femme Élodie il y a environ cinq ans, confie Gulla, et nous sommes devenus amis. Aussi, ce projet était très spécial pour moi… J’ai été très honorée lorsqu’il m’a demandé de concevoir son restaurant. Cela a été un vrai bonheur de travailler avec lui, Élodie et son équipe. Je rêve encore de son canard avec sa sauce à la truffe… » Et pour le chef parisien, Gulla a dépassé toutes les conventions ! « Je voulais que le restaurant évoque une femme parisienne chic, sobre mais incroyablement sexy », s’amuse Gulla. Pour Jean-François Piège, l’architecte a conçu un véritable écrin de luxe pour et autour de la cuisine teinté de notes assez minérales. En métal ouvragé montrant une carte de la capitale, la porte d’entrée annonce la singularité de ce lieu, muni d’une verrière aux facettes miroitantes rappelant le diamant et d’un épais mur de marbre qui signale la cuisine ouverte. Des murs de béton et de bois, une épaisse moquette et des appliques en cristal Baccarat animent aussi la salle… Si, à travers ses projets, l’architecte tente de provoquer l’émotion, c’est ici parfaitement réussi !

Les dessins de ses bâtiments, très dictés par les courbes, sont tout aussi surprenants ! À l’image de son projet Mhanna à Beyrouth, un espace (enfermant plusieurs restaurants) entouré de sortes de pétales de béton qui semblent flotter au vent… La résidence Hollywood Hills, elle aussi, découvre quelques murs rythmés de courbes sensuelles. Imaginée comme un nid, sorte de refuge secret, son architecture est inspirée par les arbres et les paysages environnants. Quant au mobilier qu’elle crée, magnifié par des matériaux nobles, il arbore lui aussi des lignes galbées, voire sinueuses, qui forment tantôt les pieds d’une table ou d’un bureau…

Côté projets, Gulla planche actuellement, entre autres, sur deux restaurants et quatre hôtels aux Etats-Unis, au Mexique et même en Chine… Et elle rêve de Paris, capitale dans laquelle elle vient d’ouvrir un bureau avec son collaborateur Olivier Lebé. « Dans les années à venir, je prévois de passer davantage de temps en France, dévoile-t-elle. Je travaille déjà sur quelques projets à Paris. C’est une ville incroyable. » À suivre…

 

www.gullajonsdottir.com