Le yin et le Yang

Dorothée Boissier, 44 ans, et Patrick Gilles, 46 ans, brillent sur la scène de l’architecture d’intérieur depuis quelques années et signent de nombreux projets contemporains de haut vol, poétiques, classiques et modernes, épurés et baroques… Le couple s’exprime librement sans s’enfermer dans un style, et leurs créations, en France comme à l’international, provoquent l’inattendu, suscitent l’émotion. Toujours interpellent. Rencontre.

Lui sort de Camondo, elle de Penninghen. Leur rencontre, c’est chez Christian Liaigre qu’elle a eu lieu. Il y reste huit années ; elle, part rejoindre Philippe Starck auprès duquel elle œuvrera neuf ans. Des expériences riches et solides qui leur donnent une belle crédibilité, et le couple de voler ensemble de ses propres ailes en 2004.

Des restaurants Hakkasan aux boutiques Moncler sur toute la planète, des projets privés pour Rémo Ruffini, patron de Moncler, de multiples hôtels de luxe, et la consécration en 2015 avec l’inauguration de deux palaces : le Mandarin Oriental à Marrakech et l’hôtel Baccarat à New York. Gilles & Boissier auraient pu prendre la grosse tête mais cette notion est aux antipodes de leur caractère. Simplicité, écoute, gentillesse, respect mutuel, c’est plutôt cela leur ADN. Le couple, qui partage vie privée et professionnelle, cultive une opposition constructive qui parfait chaque projet… Avec une passion sans limite.

 

Comment l’idée d’ouvrir une agence ensemble s’est-elle imposée à vous ?

Patrick Gilles : Cela s’est imposé comme une évidence, c’est aussi simple que cela. Nous n’avons rien calculé. Nous vivions ensemble et nous n’avions qu’une envie : travailler tous les deux. L’agence compte 22 personnes aujourd’hui.

Dorothée Boissier : Le jour où Patrick est venu chez Christian Liaigre pour un entretien, j’ai vu ce jeune homme magnifique arriver… J’ai été tout de suite impressionnée par sa maturité artistique. J’ai tout de suite senti, et je vous jure que c’est vrai, qu’un jour on pourrait travailler ensemble !

 

Quel est le secret de la pérennité de votre duo et sa force ?

Dorothée Boissier : Nous sommes hyper complémentaires. Mais je pense que si nous n’étions pas en couple, cela ne pourrait pas fonctionner. Parce que c’est une association créative. Et dans l’expression d’un égo, qui est extrêmement présent quand vous êtes dans l’expression artistique, pour que deux égos se rencontrent, s’écoutent, s’entendent et se retrouvent, il faut que ces deux égos soient très amoureux. Quand on est dans le même domaine professionnel, l’amour aide à ce que les égos se calment, se retrouvent et en retirent quelque chose de très positif pour eux.

 

Vos qualités et vos défauts respectifs ?

Patrick Gilles : Dorothée est d’une précision professionnelle chirurgicale. Elle est très exigeante et elle nous pousse à nous améliorer. Son défaut, c’est son impatience !

Dorothée Boissier : Gilles est très instinctif, libre, hyper précis dans ses détails, il a beaucoup de sensualité, il est davantage dans l’expression physique que l’expression orale. Par contre (rires), il est moins dans l’organisation et pas tellement dans les règles !

Quels sont vos rôles respectifs au sein de l’agence ?

Dorothée Boissier : Au départ, nous réfléchissons toujours ensemble à l’histoire et au sens que l’on veut donner à un projet. C’est une conversation très ouverte. Puis, je me concentre aussi sur l’administratif et le financier, sur le suivi des projets, le développement…

Patrick Gilles : Elle est un peu le chef d’orchestre. Moi je travaille vraiment sur les concepts des projets et je me concentre sur la partie créative. Ce qui n’empêche pas Dorothée de gérer certains projets entièrement, du concept créatif à la réalisation finale. C’était par exemple le cas pour l’hôtel Baccarat à New York.

 

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de ce projet situé face au MoMa ?

Dorothée Boissier : Il rassemblait des contraintes fortes mises en lumière par les acteurs même du projet qui étaient la ville de New York, le groupe Starwood Capital et la marque Baccarat, iconique de la culture française. Nous avons eu la chance de travailler avec Kemper Hyers, le directeur artistique de Starwood Capital. Une personne fantastique qui nous a laissés une grande liberté pour développer un projet hors des sentiers battus de l’hôtellerie. Nous avons traité le Baccarat comme un immense hôtel particulier. Avec une vraie collection d’art.

Patrick Gilles : Il fallait que ce soit spectaculaire, étincelant, mais pas bling-bling.

Sur quels autres projets travaillez-vous actuellement ?

Patrick Gilles : Après Marrakech, nous réaliserons un Mandarin Oriental à Madrid. Nous œuvrons sur la rénovation d’un hôtel Ritz à New York qui devrait ouvrir en 2017, sur celle d’un Four Seasons à Mexico, sur d’autres boutiques Moncler. Nous sommes en train de faire une maison à Londres, une à New York…

 

Les plus grands font appel à vos compétences, pourquoi selon vous ?

Dorothée Boissier : Notre style n’est pas linéaire et nous faisons en sorte que nos projets aient du sens, que l’histoire que nous allons raconter soit argumentée et que cela ne soit pas juste un joli projet. Nous sommes très sûrs de nos convictions mais nous n’imposons jamais les choses de façon brutale. Nous avons une vision très personnelle et très engagée. Je crois aussi que les clients apprécient notre côté caméléon, car nous sommes capables de nous adapter vraiment à chaque problématique et à chaque client.

 

Quels projets rêveriez-vous de réaliser ?

Patrick Gilles : Un petit hôtel soit bord de mer ou dans la jungle. J’adorerai faire un hôtel pour le groupe Aman. C’est une esthétique que j’aime.

Dorothée Boissier : Un décor de ballet ou d’opéra. J’adore la danse, ça me transporte.

www.gillesetboissier.com