The sound of silence

Plus qu’une maison d’architectes, la maison Elizabeth II, dessinée par l’agence américaine Bates Masi, est un véritable projet de maison à vivre. Explication.

Avec sa muraille de plus de 50 centimètres d’épaisseur, la maison Elizabeth II, imaginée par l’agence américaine Bates Masi, semble plus proche de la tour imprenable que d’une maison de famille nichée sur les côtes d’une petite ville de Long Island.

Loin des enjeux du « star system » du monde de l’architecture, Paul Masi et Harry Bates lui préfèrent le monde des maisons à vivre. Celles qui offrent d’abord des réponses pratiques à des modes de vie et de société en constant changement. De manière plus pragmatique, l’agence Bates Masi revendique des architectures réfléchies, porteuses de solutions tant environnementales que comportementales.

Dans ce contexte, le projet Elizabeth II leur semblait être particulièrement destiné. Installée dans la sublime petite ville d’Amagansett, sur la côte sud de Long Island dans l’état de New York, la maison devait répondre à l’implacable succès de la destination et des nuisances sonores qui en découlent. Armés de ce paradigme, les architectes vont dessiner une maison-refuge gardée des avaries extérieures. Les murs d’enceinte prennent alors la forme de remparts épais qui séparent avec force la maison de la vie extérieure, la rendant même visuellement un peu rogue. À l’intérieur, l’histoire est autre : l’ambiance est au confort aimable d’un bungalow de plage plutôt élégant, bardé de lames de bois de cèdre épinglées aux murs.

« Nos recherches sur le son et la façon dont il affecte notre perception de l’espace ont eu un impact direct sur tous les détails, les matériaux, mais aussi plus globalement sur la forme que nous avons donnée à ce projet »

L’ensemble paraît plutôt réussi et cache agréablement tout l’aspect technique de la maison Elizabeth II. Une partie technique qui a poussé les architectes à découper l’espace en imposant par des parois épaisses plusieurs pièces placées les unes à côté des autres. Ainsi, ils ont octroyé à la maison une véritable isolation thermique mais aussi acoustique, cassant un peu plus à chaque nouveau pan les clameurs venues du dehors. On rejoint ainsi le jardin et sa piscine en oubliant presque le brouhaha extra-muros pour jouir paisiblement de son espace privatif. « Nos recherches sur le son et la façon dont il affecte notre perception de l’espace ont eu un impact direct sur tous les détails, les matériaux, mais aussi plus globalement sur la forme que nous avons donnée à ce projet », précisent Paul Masi et Harry Bates.

Un impact poussé jusque dans les détails de ces lames de cèdre accrochées aux murs par des épingles de métal, dessinées spécialement pour le projet de la maison Elizabeth II. Solides mais aussi ductiles, ces attaches, en forme de ressort, gardent les lames en extension et permettent au cèdre de vivre aux rythmes des mouvements du bâtiment de béton et à ceux des contractions du bois même, sans jamais pourtant endommager le parement. Un revêtement de feutre placé entre le béton des murs et les lames de cèdre permet quant à lui d’absorber tous les sons émis par les mouvements et de les renvoyer transformés, presque sourds, dans les espaces de la maison.

Sur les marches de l’escalier, Paul Masi et Harry Bates ont travaillé les épaisseurs du bois pour offrir une autre expérience acoustique digne d’un tabla de l’Inde du Nord et de faire de la maison Elizabeth II un projet architectural original, acoustique et hautement séduisant.

www.batesmasi.com

A propos de l'auteur

Fabienne Dupuis
Journaliste
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Membre de l’équipe d’Artravel depuis ses tous débuts, Fabienne est journaliste spécialisée dans les domaines du voyage, design, architecture et art de vivre. Passant le plus clair de son temps à parcourir le monde, Fabienne apprécie tout autant les aventures sur de longues routes poussiéreuses que le confort raffiné de quelques adresses confidentielles. Ses armes ? La littérature européenne du XIXème siècle, des écrits sur l’art et les voyages ou encore quelques publications géopolitique… mais surtout une inlassable curiosité qui lui permet de renouveler ses sources d’inspiration. Après dix années passées à Londres, Fabienne vit aujourd’hui à Paris. Fabienne Dupuis contribue entre autres aussi aux pages du news magazine en ligne de langue anglaise, YourMiddleEast.com.