À l’occasion d’une résidence menée en 2013, le chorégraphe Jean-Charles Gil et le peintre Thomas Labarthe sont parvenus à faire chevaucher leurs champs artistiques respectifs sur une surface de travail commune.

L’un y a déposé le mouvement, ainsi qu’une multitude de traces et de lignes inscrites dans l’espace. L’autre a amené la matière peinture, la sculpture sur le corps des danseuses et danseurs du Ballet d’Europe. Jambes tendues, bandes de papiers, tissus, images projetées, bras arrondis, noirs profonds, pointes de pieds ou bleus épais… De ces éléments, de ces rencontres, de ce télescopage de mondes, un espace nouveau est né.

« — Remuez les jambes.

— D’accord Docteur, dès que je les aurai trouvées. »

Installés sur cette surface, les deux hommes et leurs main-forte ont relu une nouvelle signée Oliver Sacks, La Femme Désincarnée. L’histoire de Christina, une jeune fille qui ne peut plus se voir. Qui n’a plus la certitude de ses mains, comme de ses jambes : « je sens mon corps comme sourd et aveugle à lui-même » confie-t-elle.

Jean-Charles, Thomas et nous tous, nous sommes engouffrés dans des fragments de vie de cette femme debout, mais « privée de corps ». À incarner une situation terriblement vraie, un drame où l’étrange, l’instinct et le délire s’invitent à chaque page. À imaginer, à redessiner le devenir humain, en danse et en peinture. Sans aucune certitude, sinon celle que chacun emporterait en retour dans son territoire, une nouvelle écriture, et de nouveaux mouvements.

Texte : Théophile Pillault

CHORÉGRAPHIE: Jean-Charles Gil

PEINTRE PLASTICIEN: Thomas Labarthe alias Toma-L

VIDÉO – LUMIÈRE: Paul Chabot, Les Beaux Matins

PHOTOGRAPHIE: Jérémy Jasper Herman

MUSIQUE: Benoît Lecomte

INTERPRÈTES: Jean-Charles Gil, Marion Baudinaud, Valentino Bertolini, Natacha Franck, Florencia Gonzalez, Florjad Komino, Ludovick Le Floc’h, Sara Lupoli, Marie Shimada

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