Idéale transparence.

Sur les hauteurs d’Ibiza, au sud-ouest de l’île, la Casa Majo embrasse la Méditerranée. Son architecture épouse des lignes sobres et contemporaines, tandis que ses intérieurs mêlent passé et modernité. Le tout, entièrement tourné vers la mer.


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Bernard Schalck, le propriétaire et le concepteur de la Casa Majo, nourrissait un rêve depuis sa jeunesse… Celui de prendre sa retraite à 50 ans ! Mission réussie dès l’âge de 49 ans, période à laquelle cet amoureux des voyages entreprend un tour de la Méditerranée avec son épouse, afin de dénicher le port d’attache parfait. L’escale à Ibiza, l’île espagnole des Baléares, s’avérera déterminante. « Nous avons été fascinés par cette île dès notre arrivée, un vrai coup de foudre ! Ibiza n’est pas uniquement vouée à la fête. Il existe une Ibiza secrète… Entre mer et montagne, les paysages sont fantastiques. Nous avons commencé par louer un appartement, puis en avons acheté un, avant d’acquérir cette parcelle », se souvient Bernard Schalck. Architecte de formation – mais aussi ancien antiquaire et féru de philosophie – cet homme possédait une importante entreprise d’architecture et d’architecture intérieure à Strasbourg (revendue en 1990). « Dans les années 60, j’étais l’un des premiers à mélanger le contemporain et le style dans mes réalisations, raconte-t-il. Il s’agissait alors d’une autre manière de travailler. Mais à la fin des années 80, j’avais senti que nous étions arrivés au bout de cette tendance et qu’il convenait de se diriger vers le contemporain minimaliste. Ce vers quoi je me suis ensuite dirigé en rénovant des maisons, puis dans la villa Casa Majo que j’ai entièrement construite et terminée l’an dernier.» Et la bâtisse a fière allure… À tel point que les curieux frappent régulièrement à la porte pour obtenir le nom de son architecte. « Une Américaine a même insisté pour que je vienne construire sa maison sur l’île de la Barbade, s’amuse le Strasbourgeois. J’ai 72 ans… Je lui ai répondu que ma carrière était derrière moi. » ÉÉdifiée sur une colline rocheuse surplombant la mer, la Casa Majo dévoile une architecture contemporaine en U, avec trois ensembles de plain-pied posés sur un sous-sol : un volume principal au centre et deux ailes de chaque côté légèrement en porte-à-faux. Avec, partout, un panorama inouï sur la Méditerranée et l’île mythique Es Vedra dressée sur les flots. Un décor mis en valeur grâce à toutes les transparences imaginées par l’architecte qui laissent entrevoir mer.

Les pièces de vie de cette maison de 300 m2 sont accessibles par un ascenseur. Au milieu, un grand salon, près de la salle à manger et de la cuisine contemporaine, ouvre sur l’extérieur, ses majestueux pal- miers, et une piscine en mosaïque nacrée renvoyant les reflets du soleil. De l’autre côté, une terrasse intimiste en pierre, excavée de la parcelle même, permet de se reposer face à la montagne ponctuée d’oliviers et d’essences méditerranéennes. Pour les tonalités, et comme partout dans la demeure, le blanc est roi, du sol en pierre calcaire aux murs et plafonds. Une uniformité qui laisse place à la lumière, au paysage, et valorise le mobilier contemporain ou de style, ainsi que les objets soigneusement choisis par l’ancien antiquaire. Ainsi dans le salon principal, des pièces signées par Le Corbusier, comme la chaise longue LC4 (Cassina) et un bureau, voisinent avec le fauteuil Barcelona de Mies van der Rohe (Knoll) et un élégant canapé en cuir blanc acheté chez Paco Teran à Ibiza. Dans l’aile droite, un salon privé accueille, lui, le canapé LC3 et le fauteuil LC2 de Le Corbusier. Cette zone donnant directement sur la piscine abrite également une baignoire près des baies vitrées noires.

« J’aime prendre un bain face à cette vue. En tant qu’architecte, lorsque je cherchais un concept, je prenais un bain. Et bien souvent, les idées me venaient comme cela, car je lâchais prise. » Jouxtant ce volume, la suite parentale regarde la mer… Agrémentée d’une immense bibliothèque maçonnée, elle possède aussi une salle de bains avec une douche jacuzzi où le tadelakt domine.

Au niveau l’aile gauche, le bureau du maître des lieux, pourvu d’une grande bibliothèque et d’un plateau de verre avec deux piètements Le Corbusier, joue la mixité, pour se transformer si besoin en grande table de repas. À deux pas, la table de la salle à manger, fabriquée jadis dans les ateliers de Bernard Schalck, imite l’époque Louis 14, tandis qu’une armoire de Renaissance alsacienne datant de 1674 habille le mur adjacent. « J’aime le minimalisme, poursuit-il, mais je préfère le réchauffer avec des pièces anciennes, des œuvres véritables ou de belles copies. » Et le mariage des époques, aussi risqué soit-il, demeure réussi grâce à un dosage subtil. Même la collection de Bouddha, acquise dans les années 70 en Birmanie, trouve sa place ici. De l’architecture à la décoration, la Casa Majo s’impose comme un ouvrage abouti et élaboré avec intelligence et justesse.

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