Pour les espagnols, la Sierra Morena possède quelque chose d’un peu particulier. Cette longue chaine de montagnes qui traverse sur sa largeur, tout le sud de l’Espagne (ou presque !) a depuis des décennies, déchainé les histoires les plus folles. Il faut dire qu’avec son aspect, sec et désertique et ce vent chaud qui souffle de temps en temps, le lieu donne aisément libre cours aux imaginations les plus vives.

C’est aux pieds de ces montagnes, à Cuevas del Pino, que les architectes de l’agence espagnole UMMO ont imaginé une habitation. Inscrite dans le creux de la roche, d’où les maitres, géomètres et carriers extirpaient, il y a bien longtemps, des blocs de pierre monumentaux, la Casa Cueva semble sortir un peu de nulle part. Surprenants, ces murs blancs éclatés, qui surgissent ici ou là sur les parois de rocs, ne semblent pouvoir répondre à l’image « traditionnelle » de l’habitation. Car il faut bien admettre que même avec un peu d’imagination, il est difficile de relier entre elles ces parois de murs épars, pour en conclure à une seule et même habitation.

Il faudra donc pénétrer dans la maison Cueva pour mieux apprécier l’intéressant travail imaginé par l’équipe d’architectes. Profitant des conditions même de la roche mais aussi de la grotte, les architectes ont fait le choix d’utiliser l’espace en le dénaturant le moins possible. En minimisant l’intervention, ils permettent ainsi un nouveau dialogue structurel entre les cavités naturelles de la grotte et l’intervention de la science, méthodique, structurante de l’architecture.

Ce contraste tant physique que visuel, permet de mettre en valeur ces deux typologies d’espace. On trouve ainsi un jeu d’oppositions étonnantes, comme l’âpreté de la roche et la douceur du plâtre ou du béton ciré des sols. Aux murs, la blancheur du plâtre (encore !) et la porosité des pierres, les lignes impeccablement droites du mobilier consciemment choisi contemporain, tandis que des nattes aux sols et quelques pièces de bois brut, semblent quant à elle faire le trait d’union entre les deux genres.

En choisissant la contemporanéité par opposition aux minéraux, les architectes dépassent toutefois le seul fait esthétique pour permettre à l’espace de se mouvoir en un lieu de vie. Un lieu atypique certes, mais qui conserve malgré tout, à l’intérieur, les codes, rassurants, de la gestion de l’espace. Celle-ci mais aussi celle de la lumière naturelle, qui s’infiltre par les nombreuses vitres que les architectes ont ajouté à la Casa Cueva, lui redonnant par la même une connexion vive et prégnante avec le monde extérieur.

S’ajoute à cela, un lien physique ; celui de ce petit passage menant vers la terrasse de toit de la maison. Une façon pratique de vivre la très belle étrangeté de cette maison ancrée dans la roche, un lieu hybride, entre caverne et demeure et de laquelle peut-être, nous sentons-nous naturellement proche. Comme la mémoire instinctive d’un passé si loin, si près.

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