L’ambition romantique d’Arne Quinze

Entrer dans l’univers d’Arne Quinze est une expérience explosive et colorée. Bien qu’enfant du Plat Pays (ou peut-être est-ce précisément l’origine du trouble fécond), cet ex-taggeur déploie, installe dans les rues de nos grises villes des propositions organiques à la polychromie éclatante, histoire de nous rappeler à l’éternelle puissance de la nature.

Entre deux avions, entre deux projets, rognant généreusement sur ce temps précieux imparti à son travail de peinture gigantesque, Arne Quinze s’est prêté avec humour et franchise à un jeu de questions-réponses qui, somme toute, n’est qu’une mise en appétit des propositions multiples faites par cet artiste prolixe et enjoué.

Comment sont nées vos grandes sculptures ? Arne Quinze : Je crois qu’elles découlent directement de l’époque où je peignais des trains. J’avais 15/16 ans, et avec mon gang, nous étions très actifs dans l’univers des graffitis. On taguait des wagons et on observait les gens réagir. Certains trouvaient cela beau, d’autres épouvantable, mais ce qui est sûr, c’est que tout d’un coup ils se parlaient, ils échangeaient, ils communiquaient. J’ai très vite compris que c’était cela que je souhaitais faire : proposer aux gens de communiquer à travers l’art.

Etiez-vous un jeune en révolte ? Arne Quinze : En tout cas, pas dans le mauvais sens du terme : je crois trop à la beauté des gens, de la nature. La nature me fascine. Tout mon travail repose sur la positivité qu’elle contient, sur la compétitivité saine et équilibrée qu’elle incarne. La diversité de cet équilibre m’attire énormément. Mes installations aux formes organiques et aux couleurs explosives font réagir les gens, ils réfléchissent autrement. Cela amène de la gaieté et une certaine beauté. J’aimerais que cela ait une vertu unificatrice.

Quelle est l’ambition derrière vos installations dans les villes ? Arne Quinze : Souvent les rues de nos villes sont tristes et monotones. Cela fait 25 ans que nous essayons de changer les villes en musées en plein air. Quand je dis en « plein air », je veux dire que le territoire public doit pouvoir devenir un lieu culturel au sens le plus large. Vous vous rendez compte que seulement 1 % de la population fréquente les musées et autres lieux dédiés à la culture ! Etre ouvert à la culture nous change profondément, nous éduque. Certaines études ont démontré que plus il y a de culture et de nature dans les villes, plus les gens sont heureux et moins il y a de délinquance.

De qui parlez-vous lorsque vous dites « nous » ? Arne Quinze : Disons que je suis le créatif, mais je travaille ensuite au studio avec des ingénieurs, des techniciens, des assistants. Sur certains projets nous faisons aussi appel à des sous-traitants.

Et vos grandes toiles d’où sortent-elles ? Arne Quinze : De mon atelier à moi, rien que pour moi. Là je suis seul, vraiment seul, il n’y a personne d’autre que moi. Mes tableaux, c’est mon jardin secret. Ici, j’ai la paix, je peux revenir à mon univers intime, écouter ma musique et ne parler à personne. Ceci étant mes peintures ont d’évidence un lien fort avec mes grandes installations, notamment par la couleur. Les impressionnistes m’ont beaucoup influencé parce qu’ils étaient proches de la nature d’une part et parce qu’ils étaient romantiques. Aujourd’hui, on n’est plus romantique ; les villes non plus. Or je crois qu’il faut réinjecter du romantisme dans les villes, dans la vie. Quand les gens sont devant mes grands tableaux, devant mes fleurs, je vois leurs sourires. C’est bon de voir les gens sourire.

Etes-vous sauvage ? Arne Quinze : (Rires) J’adore les gens, mais je dois me retirer parfois pour me ressourcer et entrer en compétition avec moi-même. Quand je peins un tableau, je sors de ma zone de confort, je doute. C’est une manière d’aller différemment au fond des choses précisément parce que les installations sont un travail d’équipe. Entre deux voyages, je peux m’enfermer pendant dix jours et ne faire que cela: peindre jour et nuit. Je dors 4/5 heures par nuit, et quand je me réveille, j’ai trouvé des solutions, des compositions, et de nouveaux questionnements. Mais j’ai vraiment besoin de ces deux univers distincts que sont mon atelier et le studio, pour mon équilibre.

Qu’il s’agisse de ses gigantesques installations ou de ses fleurs foisonnantes délivrées avec une énergie folle sur de grandes toiles, Arne rend à la nature sa juste place, le cœur de tout. Il n’est pas ici question de discours, mais d’une expérience vécue intimement, de ce besoin originel et impérieux que rappelait R.M. Rilke au jeune poète avec ces mots : « Une œuvre d’art est bonne si elle provient de la nécessité. » Nul doute possible : l’œuvre d’Arne est enfantée par une nécessité jubilatoire partagée. Chapeau l’artiste !

www.arnequinze.com

www.maruanimercier.com

www.atthegallery.be

Photos : © Dave Bruel (Moonroom) for Arne Quinze, 2018


   Retrouvez l’article dans notre Artravel n°81 – Into The Wild


Disponible sur notre boutique – 10 € (frais de port compris)

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