Rencontre avec l’architecte d’intérieur belge Ramy Fischler qui nous parle de l’une de ses dernières réalisations, rue de Lille à Paris, de son inspiration, de ses envies, de ses méthodes, et surtout de sa passion pour les choses qui changent et bougent…

 

Pour l’un de ses derniers projets en date, situé rue de Lille à Paris, l’architecte d’intérieur Ramy Fischler a fait comme il fait toujours : il s’est dépouillé de tous ses projets antérieurs pour appréhender, vierge, l’appartement de 130 m² qu’on lui proposait de réagencer. Comme à son habitude, c’est dans la résolution des problématiques de l’espace que Ramy Fischler a entamé son analyse. Après cela, les choses sont venues lentement, naturellement. Car Ramy Fischler aime prendre son temps. Le temps de comprendre, mais aussi le temps de trouver la solution qui correspondra à cet appartement et à lui seul. « Chaque projet me fait travailler avec un large nombre de corps de métiers », souligne l’architecte. Des corps de métiers qu’il aime écouter et avec lesquels il échange sur ces solutions qu’il veut apporter. Pour l’appartement de la rue de Lille, c’est l’espace qui était au coeur de l’enjeu. Un espace à redéfinir entièrement, pour mieux répondre aux modes de vie actuels. En substance, si toutes les parties « bourgeoises » de l’appartement ont été conservées, par souci d’authenticité mais aussi de beauté classique (les parquets et les moulures, etc.), le reste, tout le reste, a lui, été retiré, détruit. Les cloisonnements d’origine tombés, Ramy Fischler et sa petite équipe peuvent alors s’approprier la superficie totale du lieu, pour établir un nouveau schéma, un nouveau code, avec, au coeur de l’espace, le salon, la pièce maîtresse de nos habitations actuelles.

 

Entièrement ouvert, il domine tous les flux de passage pour donner l’impression, presque perfide, de
posséder entièrement l’appartement. Ce sera donc aujeu de portes coulissantes de gérer en un glissement, la redistribution totale de cet appartement, créant ad libitum des espaces intimes ou pleinement ouverts. Presque narcissique, le mécanisme semble ainsi redonner les commandes de l’espace à ses propriétaires. Un mécanisme que Fischler aime décrire : « Bourgeois moderne qui aime posséder, et jouir de ce qu’il vient d’acquérir. » Pour habiller ce nouvel univers, Fischler n’a utilisé qu’une palette restreinte de matériaux : des bois et des marbres. Des matières qu’il a toutefois investies avec le plus grand des soins, en mélangeant les types, pour offrir un nuancier d’une simplicité sublimement délicate et à la fois extraordinairement riche. Mais c’est sur le rendu final que nos yeux d’apocryphes vont juger. Et comme à son habitude, la seule qu’il aime vraiment, Fischler prend le contre-pied de toutes les attentes. Plus qu’une contradiction, l’homme en a même fait sa marque de fabrique. « Je ne m’autorise jamais de refaire ce que j’ai déjà fait », martèle-t-il à plusieurs reprises. Pourtant, c’est sur la sensation du résultat que l’on retrouve la griffe Fischler. La sensation d’une mise en scène parfaitement orchestrée, une « esthétique cinématographique », précise Fischler, qui semble naturellement transcender le quotidien, ici comme sur tous ses projets. Un quotidien où toutes les commodités pragmatiques de l’espace, semblent avoir disparues. Si elles ont pourtant été le fruit des premières réflexions du travail de l’architecte, aucune n’apparaît à l’oeil nu, pour ne laisser place qu’a un ensemble d’une époustouflante cohérence. Et de dévoiler une quotidienneté sublimée, totalement transcendée.

 

Site de l’achitecte d’intérieur : www.ramyfischler.com

 

Retrouvez l’article dans notre Artravel n°72 – Spécial Habitat

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