En quelques années, Anto Fils de Pop est devenu une véritable signature dans l’univers du pop art, ses œuvres sont reconnaissables et l’artiste corse dépasse désormais les côtes de l’île de Beauté où il puise son inspiration. Son évolution artistique est spectaculaire et, avec cette nouvelle série qu’il réalise en exclusivité pour ventedart.com, il signe des œuvres provocatrices et pieuses : tout ce que l’on apprécie à la rédaction ! Rencontre avec Anto au bar de la tour à Calvi, chez son ami Jean-Pierre pour une entrevue sans censure.

 

Pourquoi Anto Fils de Pop ?

Anto Fils de Pop : J’ai toujours eu un esprit dit « décalé ». Toujours en recherche de ne rien faire comme les autres. Dès le départ pour sortir de la norme, je cherchais un nom qui claque, marque, voire choque, et que l’on pouvait facilement retenir. Je me suis rappelé d’un publicitaire qui avait le surnom de « fils de pub » : c’est ainsi qu’est né Anto Fils de Pop. Anto pour le diminutif d’Antoine en corse, et Fils de Pop pour ma culture très pop, étant né dans les années 70…

 

Vous êtes Corse et dans beaucoup de vos œuvres, on retrouve un peu de l’île de Beauté. Est-ce devenu une véritable signature pour vous aujourd’hui ?

Anto Fils de Pop : En quelque sorte oui ! C’est devenu une façon pour moi de dire : la Corse, c’est aussi des gens qui ont envie de faire ou dire des choses différentes ou de les faire différemment !

La plupart des personnes qui ne connaissent pas la Corse voient les insulaires comme des gens qui ne sont jamais sortis de l’île et qui vivent en autarcie ! Mais ils ont vraiment tout faux ! Aujourd’hui, les Corses bougent énormément ! Ils échangent, partagent, s’expriment et expérimentent bien au-delà des frontières de l’île ! Il y a un énorme réseau d’insulaires tout autour de la planète ! Il y a une jeunesse qui en a marre de ces clichés qu’on lui met sans arrêt sur le dos ! Je pense faire partie de ces gens qui prouvent que la Corse d’aujourd’hui, c’est autre chose ! Elle est ouverte, sait recevoir, et elle sait aussi rire d’elle-même !

 

Quand on regarde la chronologie de votre travail, vous êtes passé des Super-héros de Marvel, de James Bond, de personnages cultes des années 80/90 à une série beaucoup plus pieuse proposée ci-contre… Pourquoi cette évolution, cette direction ?

Anto Fils de Pop : Parce que même si je suis toujours fan des termes que vous venez de citer, et que je les exploite encore mais un peu différemment, il y a un moment donné le besoin de retourner à certaines valeurs ! Je crois que notre société est complètement déphasée ! La faute sans doute aux technologies modernes comme Internet – moi même, je me sers des réseaux sociaux pour communiquer –, mais je pense que certaines personnes franchissent des limites qu’elles ne devraient pas franchir ! Il y a quelque temps, j’ai réalisé un travail nommé « FUCK VIRTUAL, Touch me now ! », c’est une façon pour moi de dire : stop ! Allons à l’essentiel, allons vers quelque chose qui va nous permettre de nous recentrer ! D’où ces images pieuses !

 

Vous êtes une personnalité incontournable en Corse et vos collaborations avec l’eau Zilia, les glaces Geronimi ou avec le domaine du Clos Culombu ont sans doute contribué à cette notoriété, quel est votre objectif maintenant ? Le reste du monde et exposer dans les plus grandes galeries ?

Anto Fils de Pop : Je n’aime pas le mot notoriété ! Je n’aime pas non plus ce qui est bling-bling ou people ! Je fais des choses avec des gens que j’aime parce qu’il y a en premier lieu un fort lien humain ! Et parce qu’ensuite j’aime leur travail, par exemple, Pierre Geronimi est pour moi un génie ! Quand vous goûtez ses créations, je peux vous assurer qu’avant ça, vous n’aviez jamais mangé de glaces dans votre vie ! C’est un immense plaisir de travailler avec lui, parce qu’à un moment, il vous amène un truc tellement fort que vous ne pouvez pas résister à la collaboration ! Mon objectif a toujours été le même : tracer un sillon et éviter de partir dans tous les sens ! Bien sûr que j’ai envie d’aller beaucoup plus loin ! Je l’ai un peu déjà fait avec des expériences plus ou mois importantes à Los Angeles, Florence, Montréal, Bruxelles… Mais c’est vrai qu’une grande galerie dans une grande ville à l’étranger, ça serait un peu le kiff ! De savoir que tu as commencé à peindre en 1993 à Montemaggiore sur les hauteurs de Calvi et que, quelques années plus tard, tu te retrouves en galerie à 10 000 kilomètres de chez toi, cela donne quand même envie ! Après, je ne suis pas du genre à forcer les choses et je me dis que celui qui aime ce que je fais viendra bien un jour vers moi !

 

Parlez-nous de votre collaboration avec Kidimo ?

Anto Fils de Pop : C’est dans les pages de ce magazine que j’ai découvert Kidimo, après une visite de son loft-atelier à Paris il y a cinq ans. Et j’ai invité Nicolas Flachot en Corse au Clos Culombu en 2013 à venir accrocher ses mots ! Le concept de Kidimo, c’est d’écrire le mot de son choix avec un mélange de vieilles lettres d’enseignes chinées aux quatre coins du monde ; en plus, ce ne sont que des pièces uniques ! Utilisant énormément les jeux de mots dans mes créations, l’alchimie a parfaitement fonctionné ! Ce qui m’intéresse dans la démarche de Kidimo, c’est de donner une nouvelle vie à un élément qui en a connu une autre auparavant, il y a cette notion de recyclage très intéressante ! On peut même parler ici d’upcycling (recyclage valorisant). C’est un peu comme mon travail dans lequel je récupère des images dites « populaires » et auxquelles je donne un autre sens… Un peu comme un Dj qui remixerait des sons, sauf que là le résultat n’est pas virtuel, ici c’est un peu comme un vinyle ! On peut aussi le toucher et le regarder ! Depuis fin 2014, j’ai directement intégré des éléments Kidimo dans mes créations comme par exemple « A Sposata, A Corsican legend » présentée ici. Notre collaboration va certainement s’intensifier dans les années à venir avec pourquoi pas une exposition à Paris puisque Kidimo fêtera ses 10 ans en 2016 !

 

Décrivez-nous votre sentiment sur l’œuvre « Évocation de la Corse moderne » ?

Anto Fils de Pop : J’ai voulu à travers ce travail représenter ma Corse au quotidien ! Celle que je vis depuis que je suis enfant ! Des drames comme la catastrophe de Furiani ! Des images plus idylliques et rêveuses comme le chanteur Charles Rocchi qui a influencé des nombreux chanteurs et groupes insulaires et pas mal de Macagna, par exemple des phrases comme : « Brocciu Micca Bruccio ! » Ce qui veut dire en français : « Brocciu et pas Bruccio » (Bruccio étant la version du touriste qui croit connaître un mot et un fromage corse) ! Avec toujours cette pointe qui me caractérise ! Un peu de provoc’, d’histoire et de Macagna (cette façon de rire très corse, où tu ne sais plus si c’est de l’humour ou de la provocation à ton égard !)…

 

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