Branzi integral

Au Musée des Arts décoratifs et du design de Bordeaux, une rétrospective essentielle du travail d’Andrea Branzi rend hommage au génie visionnaire de ce grand théoricien du design, figure tutélaire du radicalisme italien et véritable référence pour plusieurs générations de designers, des frères Bouroullec aux Sismo.

Par ses écrits et ses créations (il a finalement peu bâti ou produit), Andrea Branzi – membre d’Archizoom et de Memphis, puis enseignant à l’École Polytechnique de Milan qu’il a cofondée en 1983 – est unanimement considéré comme l’une des figures majeures du design de l’après-guerre. Imaginée par Branzi lui-même, la scénographie éclatée sur deux lieux et sept étapes de ce parcours « hors les murs » du Musée des Arts décoratifs de Bordeaux rassemble donc pour la première fois en France, 140 pièces réalisées sur près de cinquante ans. Un travail titanesque à mettre à l’actif de Constance Rubini, directrice du Musée des Arts décoratifs et du design de Bordeaux, la majeure partie des pièces originales étant dispersée dans des collections privées, notamment aux États-Unis, voire carrément introuvables pour celles datant des années 60. Il met en exergue une œuvre aussi radicale qu’influente, à la fois protéiforme et hors-norme, poétique et expérimentale, primitive et politique depuis ses fameux vases, figures archétypales par excellence présentes dans toutes les civilisations, jusqu’aux maquettes de son projet critique et utopique de ville sans fin, No-Stop-City, en passant par la série manifeste des Animali Domestici. Ou comment le design reflète les transformations de la société et anticipe, communique et provoque des émotions. Si pour Branzi, on peut changer le monde, ce ne sera pas avec de grands programmes d’urbanisme ou des révolutions, mais à l’échelle du quotidien, par petites touches, en influant sur les petits objets domestiques, le superflu et à l’échelle de micro-projets individuels.

texte : Hugo gaspard