Dans le cadre de la présentation de l’une de ses dernières réalisations, « Crescent House », nous avons rencontré l’architecte australien Matthew Woodward. Focus sur son travail et ce projet.

 

Dans l’architecture de Matthew Woodward, il est question d’énergie, d’équilibre mais aussi d’interaction humaine. Une interaction qui doit conduire à expliquer l’idée d’un projet, d’une envie mais aussi aider à sa traduction dans la syntaxe architecturale. Au sein de l’agence de Matthew Woodward, cette syntaxe est celle d’une écriture forte, entre architecture assumée et obligations substantielles faites à la nature. Car, comme dans toute agence australienne, Matthew Woodward a le discours, plutôt ferme, sur l’environnement. Élevé au grand air et nourri aux grands espaces, l’architecte en fait une de ses principales préoccupations. Bien plus, l’environnement est une responsabilité aux yeux de Woodward.

Quand avez-vous fait le choix de devenir architecte ?

Matthew Woodward : J’ai décidé de poursuivre des études d’architecture à la fin de mes années de lycée. À cette époque, mes parents construisaient une maison autour d’une ferme dans laquelle nous avons par la suite habitée. C’est un projet qui m’a beaucoup inspiré. C’était extraordinaire de voir la construction de cette maison, je me souviens encore que je grimpais partout, jusque sur la structure même de la demeure, et que j’adorais cela. C’était vraiment fascinant !

Où avez-vous étudié et fait vos années d’apprentissage ?

Matthew Woodward : J’ai étudié l’architecture à l’université de Newcastle en Australie. Après mon diplôme, j’ai rejoint l’équipe de l’agence d’architecture BVN à Sydney. Je suis resté là-bas durant trois ans et demi, puis j’ai décidé d’ouvrir ma propre agence.

Comment décririez-vous la philosophie de votre agence ?

Matthew Woodward : Je pense que nous avons une approche assez fonctionnaliste avec un regard très très fort porté sur le site de construction et le contexte géographique. J’aime le travail d’équipe dans l’optique de trouver des solutions. Je pense même que les meilleures réponses, les meilleurs projets, surgissent lorsque l’on rassemble différents corps de métiers autour d’une seule et même table. Ici, nous avons l’obsession du détail et nous œuvrons vraiment dans ce sens pour offrir un ouvrage de qualité et une réalisation très équilibrée.

Quels sont les matériaux que vous aimez utiliser ?

Matthew Woodward : Béton, verre, métal et bois sont les matériaux que j’utilise le plus. J’adore la nature de ces matériaux qui vont vieillir avec le temps, sans aucun compromis, et vont laisser une belle et profonde patine au lieu. À leur manière, ils racontent aussi l’histoire du processus de construction du projet et par là même le rendent totalement unique. Dans la plupart des cas, ce qui donne du sens et de la pertinence à un projet est son langage architectural.

Qu’est-ce qui vous intéresse ou vous effraie aujourd’hui dans le monde de l’architecture ?

Matthew Woodward : Notre agence étudie bon nombre de méthodes pour rendre nos projets plus durables. Nous sommes en train de travailler sur une très grande maison dans le quartier de Blue Mountains, à Sydney, elle sera hors-réseau et carboneutre. C’est un projet très excitant ! La maison possède un système de chauffage géothermique, des panneaux solaires photo- voltaïques, un réservoir d’eau de pluie de 100 000 L et est construite à partir de bois dur recyclé, en provenance de vieux ponts. Je pense que c’est notre rôle, à nous architectes, d’être innovants dans ce très sérieux domaine qu’est la durabilité. Nous devons montrer aux gens comment cela se traduit à l’échelle locale afin de contribuer à la réduction des impacts du dérèglement climatique.

 

Parlez-nous du projet Crescent House ?

Matthew Woodward : La maison Crescent, dans le Vaucluse dans la banlieue de Sydney, est un jeu de géographie, de géométrie et de lumière, comme une sculpture qui se faufilerait dans des jardins côtiers. Nous l’avons dessinée comme une séquence de volumes entre béton et blanc. Le béton est le principal matériau de construction, il est utilisé pour sa résistance, sa malléabilité et sa brutalité.

Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées sur ce projet ?

Matthew Woodward : Il a fallu beaucoup de coordination pour que l’exécution soit extrêmement précise puisque nous avions décidé de décomposer toute la topologie du site. Les formes radiales et la géométrie complexe ont été construites à l’aide d’un mélange de coffrage intégré à des moules de polystyrène. L’ouvrage manuel a été décisif puisqu’il représentait le lien entre les moulages et le contreplaqué…Le résultat est vraiment spectaculaire et reflète la qualité de l’artisanat effectué sur cette maison.

Comment savez-vous que cette maison est réussie ?

Matthew Woodward : Les clients ont habité leur maison pour la première fois en été. Ils ont tout de suite remarqué le jeu de la lumière sur les surfaces et son évolution tout au long de la journée et nous en ont fait part. Voir la famille vivre dans le projet et exploiter la maison exactement comme prévu, c’est vraiment la meilleure façon de mesurer son succès.

Quel architecte vous influence le plus ?

Matthew Woodward : Je dirais sans doute Glenn Murcutt, l’architecte australien qui a gagné le prix Pritzker (en 2002).

Quel est le projet dont vous rêvez?

Matthew Woodward : Très bonne question ! J’adorerais dessiner un projet public, une galerie d’art ! J’ai visité le musée Chichu sur l’île de Naoshima, au Japon, un musée créé par Tadao Ando. Je me souviens d’avoir vu sur les visages des gens une véritable joie, du bonheur à vivre l’expérience non seulement des pièces d’art exposées mais aussi celle du bâtiment même. Tadao Ando est un véritable maître dans notre domaine et ce fut vraiment sublime de vivre l’expérience d’une construction si parfaitement ancrée dans son site naturel.

www.matthewwoodward.com.au

www.murrayfredericks.com

©Murray Fredericks Photography

 

 

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